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Redevabilité : Muzito et Lihau défendent leur bilan et détaillent les réformes engagées au Budget et à la Fonction publique

Le journaliste Willy Kalengay (à g.), et les VPM Adolphe Muzito (au centre) et Jean Pierre Lihau|Photo : Cellcom Budget

Les vice-Premiers ministres Adolphe Muzito, en charge du Budget, et Jean-Pierre Lihau, chargé de la Fonction publique, ont participé, samedi 19 septembre 2026, à l’enregistrement de l’émission « Redevabilité », qui a été diffusée sur la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC) ce lundi 21 septembre.

Initiée par le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, cette émission vise à permettre aux membres du gouvernement Suminwa II de rendre compte de leur action après une année d’exercice. Le numéro consacré aux deux vice-Premiers ministres était animé conjointement par Willy Kalengayi, patron du groupe de presse Géopolis, et Rachel Kitsita, directrice générale du groupe de presse Actu30.

Au cours de cette émission, Adolphe Muzito a principalement abordé l’évolution des ressources publiques, la dette et les difficultés liées à l’exécution de la dépense publique. Jean-Pierre Lihau, pour sa part, a présenté les principales réformes engagées dans l’administration publique et la Fonction publique.

Muzito : « Un budget croissant » pour accompagner la vision du chef de l’État

Interrogé sur l’évolution du budget de l’État, Adolphe Muzito a mis en avant une progression des ressources propres de la République démocratique du Congo.

Selon lui, les ressources propres, qu’il dit avoir trouvées à environ 10 milliards de dollars, devraient atteindre 17 milliards de dollars dans le prochain budget, dont le montant global avoisinerait 25 milliards de dollars.

Le vice-Premier ministre a également indiqué que l’objectif fixé pour 2028 serait de porter les ressources propres à 22 milliards de dollars.

Pour expliquer cette progression, Adolphe Muzito a cité plusieurs leviers, notamment les orientations données aux régies financières, l’accompagnement du ministre des Finances ainsi que la cohésion au sein du gouvernement, sous la coordination de la Première ministre.

Il a également souligné que les différents ministères jouent désormais un rôle accru dans la génération des recettes publiques.

Dette : la RDC dispose encore d’une marge d’endettement

La question de la dette publique a également occupé une place importante dans son intervention.

Adolphe Muzito estime que la RDC reste « sous-endettée », évoquant une dette extérieure d’environ 11 milliards de dollars rapportée à un produit intérieur brut (PIB) qui a fortement progressé.

Il a affirmé que le ratio dette/PIB se situait à moins de 5 %, tout en comparant la situation congolaise à celle d’autres pays africains, notamment le Congo et le Sénégal.

Selon lui, la RDC disposerait encore d’une capacité importante d’endettement pour financer des investissements structurants, notamment les routes, les barrages hydroélectriques et les hôpitaux.

« Nous pouvons encore augmenter 100 milliards USD, et nous serons encore en dessous de 50 % », a-t-il notamment déclaré.

Le vice-Premier ministre a par ailleurs évoqué la crédibilité internationale accrue du pays, illustrée, selon lui, par la réussite de la première émission d’un eurobond de 1,25 milliard de dollars.

Il estime que la RDC devient progressivement plus riche, tout en reconnaissant que les effets de cette évolution ne sont pas encore suffisamment perceptibles dans le quotidien de la population.

Paiement des fournisseurs : des difficultés liées notamment au contexte sécuritaire

Abordant les faiblesses de la chaîne de la dépense et les difficultés rencontrées par certaines entreprises qui attendent le paiement de l’État, Adolphe Muzito a reconnu l’existence de problèmes dans le système.

Il a notamment expliqué que le contexte sécuritaire pèse sur les finances publiques.

« Nous sommes dans un pays en guerre », a-t-il rappelé, estimant que l’augmentation progressive du budget devrait permettre à l’État d’améliorer sa capacité à honorer ses engagements envers les fournisseurs.

L’objectif affiché est ainsi d’améliorer le fonctionnement de la chaîne de la dépense et de permettre le règlement des factures publiques dans de meilleures conditions.

Effectifs publics : assainir et mieux rémunérer les agents

La question des effectifs de la Fonction publique a également été abordée.

Adolphe Muzito a rappelé la volonté du président de la République d’assainir les effectifs de l’administration. Il a évoqué plusieurs situations problématiques : des agents qui travaillent mais sont insuffisamment rémunérés, des personnes qui seraient payées sans exercer effectivement leurs fonctions, ainsi que des agents affectés en province dont les rémunérations ne leur parviennent pas toujours directement.

Pour le vice-Premier ministre, ces difficultés doivent être traitées dans le cadre des efforts d’assainissement de l’administration et d’amélioration de la gestion des finances publiques, malgré le contexte de fragilité lié à la guerre.

En guise de conclusion, Adolphe Muzito a insisté sur l’importance des conditions matérielles de travail.

« Je crois à la matérialité de l’homme », a-t-il déclaré, défendant l’idée qu’une amélioration des conditions de travail et d’existence des agents publics doit contribuer à leur permettre de donner le meilleur d’eux-mêmes.

Jean-Pierre Lihau : « Il a fallu une thérapie de choc »

De son côté, Jean-Pierre Lihau a consacré son intervention à la réforme de l’administration publique.

Le vice-Premier ministre a d’abord insisté sur la notion de continuité de l’action publique. Selon lui, les réformes de l’administration n’ont pas commencé avec son arrivée au gouvernement, mais certaines initiatives antérieures manquaient, à ses yeux, d’une vision d’ensemble.

Il estime que l’implication du président Félix Tshisekedi a donné une nouvelle impulsion à ce processus, sous la coordination de la Première ministre.

« Jamais dans notre pays, un chef de l’État ne s’est impliqué à ce point dans tout ce qui est réforme de l’administration publique », a-t-il affirmé.

Dialogue et responsabilisation des agents

Jean-Pierre Lihau a également détaillé sa méthode de travail à la tête de la Fonction publique.

Il dit avoir placé la considération et le dialogue au cœur de son approche. Il a notamment évoqué les rencontres organisées chaque mercredi avec les agents et cadres de l’administration publique.

Selon lui, tout fonctionnaire, indépendamment de son grade, doit pouvoir le rencontrer et lui poser directement des questions.

À cette démarche de dialogue s’ajoute, selon le ministre, une politique de responsabilisation et de délégation des tâches.

« Pas de verticalité, mais de l’horizontalité », a-t-il résumé.

Pour Jean-Pierre Lihau, cette approche contribue à favoriser l’adhésion des agents aux réformes engagées.

Recrutements, retraite et maîtrise des effectifs

Le vice-Premier ministre a dressé un diagnostic particulièrement sévère de la situation de l’administration publique à son arrivée au ministère, la qualifiant d’« état comateux ».

Face à cette situation, il affirme avoir engagé une « thérapie de choc », articulée autour de plusieurs mesures : réorganisation du système de recrutement, définition de critères de recrutement, lutte contre la pléthore d’effectifs et respect des profils requis pour les différents postes.

Il a notamment évoqué une année au cours de laquelle, selon lui, un million d’agents avaient été recrutés.

Parmi les réformes citées figurent également l’actualisation des règlements des administrations, le paiement des départs à la retraite, la prise en charge des retraites à titre posthume, l’identification biométrique des agents ainsi que la maîtrise de la masse salariale.

De 1,7 million à 700 000 agents

Jean-Pierre Lihau a par ailleurs annoncé une importante réduction des effectifs du régime général de la Fonction publique.

Selon les chiffres avancés au cours de l’émission, les effectifs sont passés de 1,7 million à environ 700 000 fonctionnaires pour le régime général.

Il a précisé que les données relatives au régime spécial devraient être disponibles prochainement.

Le ministre a également mis en avant l’accélération des départs à la retraite. Il a comparé les 923 départs enregistrés sur une période de dix ans aux plus de 20 000 départs enregistrés depuis le lancement des réformes actuelles.

Selon Jean-Pierre Lihau, l’amélioration de la prise en charge financière des retraités explique notamment l’engouement observé autour des départs à la retraite.

« Les gens se bousculent même pour aller en retraite car ils sont bien payés », a-t-il affirmé.

À travers leurs interventions respectives, Adolphe Muzito et Jean-Pierre Lihau ont ainsi présenté les principaux chantiers engagés au Budget et à la Fonction publique, en mettant l’accent sur l’augmentation des ressources publiques, la gestion de la dette, l’assainissement des effectifs et la réforme de l’administration de l’État.

Belhar MBUYI