A l’heure de l’internet, les entités étatiques en charge du secteur financier et économique congolaises vivent à l’âge de la pierre et sont heureuses d’y rester. Ministère des Finances, ministère du Budget, Banque centrale du Congo, tous sont pareils : leurs portails sont mis à jour à l’improviste, et restent en l’état pendant des lustres, empêchant ainsi les partenaires, journalistes et autres chercheurs d’accéder à l’information économique récente de la RDC.
En janvier dernier, des cadres du département Afrique de la Banque mondiale qui, depuis leur bureau de New York, voulaient suivre l’évolution de l’exécution du budget de la RDC pour l’année 2022, se précipitaient sur le site web du ministère du Budget congolais. Ils sont alors heureux de voir, sur la page de garde, en bas à gauche, écrite en grand et encadrée de blanc, la mention : «exécution du budget en cours». Ils cliquent alors dessus, et se retrouvent guidés vers le budget de l’année … 2021. Nous sommes pourtant en 2023 ! Au 1818, H Street N Washington, siège de la Banque, cela fit jaser.
Nombreux sont ceux qui se sont retrouvés butés à cette difficulté. Et qui se sont alors reportés sur le portail du ministère des Finances, tutelles des régies financières en RDC. Et là, c’est avec bonheur qu’ils vont à la rubrique «Portail de condensés des statistiques des finances publiques». La rubrique affiche ses ambitions : «Ce portail répond à la nécessité et à l’urgence de disposer des informations consolidées sur les finances publiques qui soient exhaustives, de qualité et les plus désagrégées possibles, répondant aux normes internationales, afin de mieux orienter la prise de décision dans ce domaine clé et déterminant pour le développement et l’amélioration des conditions de vie de toute la population». Que du bonheur donc !
Encore le vide
Cela aiguise l’envie de tout chercheur. D’autant que, plus bas, sont alignés dans des cadrans noirs avec des écrits en blanc, les différentes entités mobilisatrices des recettes : DGI, DGDA, DGRAD, mais aussi CNSS, DGDP, BCECO etc. Sauf que, si vous cliquez, on vous dirige vers une page où la réponse est la même partout : «pas d’éléments à afficher». Et vous voilà déboussolés ! Même désagrément lorsque vous dirigez vers la rubrique ‘‘Statistiques du pouvoir central’’, qui s’ouvre sur une page intitulée ‘‘explorez les ressources’’, avec deux possibilités : par recettes et par dépenses. Et si par malheur vous cliquez dessus, la réponse vous attend : ‘‘pas d’éléments à afficher’’. Circulez donc …
C’est finalement sur le site de la Banque centrale que vous finirez par trouver l’exécution du budget de l’année en cours, contenu dans les fameux condensés d’informations statistiques qui sortent toutes les semaines, mais parfois aussi après deux semaines. C’est un outil de qualité qui donne les détails sur la réalité économique du pays, mais aussi sur les perspectives à court terme. A part ce document, dans la rubrique ‘‘statistiques’’, certains éléments sont à jour, le cas du taux d’inflation hebdomadaire.
Professionnaliser la com’
A part cela, c’est encore le vide. La sous-rubrique ‘‘taux d’inflation annuelle’’ date de novembre 2020 ; les indicateurs de taux d’intérêt en séries mensuelles ont été mis à jour en novembre 2018 ; le dernier rapport d’activité de la banque date de 2011. En outre, La Banque Centrale du Congo, dans le cadre de son chantier des réformes, mène des enquêtes de conjoncture auprès des entreprises, en vue de l’élaboration des indicateurs de suivi de la conjoncture économique. A cet effet, depuis 2008, elle affirme publier un indice à la périodicité trimestrielle permettant d’appréhender l’évolution de l’activité économique.
L’ambition en est également noble : «Les partenaires du développement économique mettent en commun leur savoir-faire au service de la Banque Centrale du Congo. Cet outil permettra de connaître l’évolution économique à travers l’opinion des chefs d’entreprises. Grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication une enquête mensuelle leur sera adressée», peut-on lire dans le site dédié à ce projet de la BCC. Sauf qu’ici aussi, les dernières publications datent de 2011 !
Comment peut-on comprendre que, en plein vingt-unième siècle, les gestionnaires du secteur financier congolais soient à ce point incapables de diffuser l’information économique et financière du pays par le canal le plus efficace qui soit : l’internet ? Le fait que les chargés de communication de ces différentes institutions passent le clair de leur temps à chanter les louanges de leurs patrons dans les réseaux sociaux qu’à mieux assurer une meilleure fonctionnalité du système de communication interne et externe par tous les canaux qu’offre le monde moderne y est pour beaucoup. Il est plus que temps de professionnaliser la communication au sein de ces importantes structures étatiques.
Mbuta MAKIESSE







