C’est avec la sérénité et la perspicacité intellectuelle qui le caractérisent que M. Delly Sesanga Hipungu Dja Kaseng, président national du parti Envol, a présenté son projet intitulé ‘‘la refondation du Congo’’ devant plusieurs centaines des membres de la diaspora congolaise de France. L’événement a eu lieu hier samedi 6 mai 2023 en à Les salons Hoche, salles en marbre et splendeur baroque dans un hôtel particulier du XIXème siècle en plein cœur de Paris. M. Sesanga a commencé par une critique au vitriol de l’action du président Félix Tshisekedi, dont il a dénoncé ‘‘un bilan catastrophique’’, avant de présenter son propre projet alternatif. «Le projet de la refondation du Congo vise à nous porter au-delà de nos souhaits de changement de régime et d’alternance politique qui sont une nécessité au regard du bilan catastrophique du régime actuel, à faire des choix sur le type de sociétés que nous voulons pour l’avenir de notre pays», a-t-il déclaré.
Selon Delly Sesanga, il ne s’agit pas de faire du ‘‘dégagisme’’, juste pour «pour dégager un système, un régime, pour continuer à faire ce que nous avons combattu hier», mais de «redonner un sens à l’action politique en changeant l’image de notre pays, en restaurant la dignité perdue du congolais, zaïrois de jadis». Pour cela, argue-t-il, il importe de répondre à une série de questionnements «qui sont liés à notre existence en tant qu’Etat libre et indépendant, sous-jacent au serment que chacun de nous fait lorsqu’il chante l’hymne national : Debout congolais, unis par le sort, unis dans l’effort pour l’indépendance».
Retrouver l’espérance
Le président d’Envol a appelé les Congolais, ‘‘unis dans leur diversité’’, à préserver ce qu’ils ont de plus cher, à savoir leur ‘‘héritage commun, la souveraineté de la RDC plus que jamais menacée’’, et à garantir la paix, la justice, l’indépendance nationale et l’intégrité territoriale de leur pays. Il s’agit de préserver la prospérité de la nation, en faisant en sorte que chaque congolais puisse en bénéficier en termes de bien-être. «Comment recréer l’unité menacée des Congolais, rongée aujourd’hui par le tribalisme, par la stigmatisation des uns et des autres, par l’exclusion ?», s’est interrogé M. Sesanga.
«Le projet de la refondation est un projet de vérité. C’est un ensemble des réponses que je réserve à ces questions afin de redonner à notre jeunesse les moyens de retrouver l’espérance, reprendre notre destin, et donner à la nation une destinée pour ne plus subir la volonté des autres, le diktat de nos voisins et de tous ceux qui sont ennemis du Congo», a ajouté cet avocat d’affaires au talent oratoire éprouvé. Qui s’est alors permis des piques mortelles contre le pouvoir du président Félix Tshisekedi. D’abord sur le plan philosophique. «Il faut renoncer à une approche contemplative de la grandeur et de la puissance de notre pays, qui entretient chez beaucoup d’entre nous l’illusion et le déni de la réalité, cette autre maladie des sociétés décadentes. Nier la réalité est un signe des sociétés décadentes, comme le souligne Michel Onfray. C’est la négation de la réalité, par les décadents qui s’évertuent à proclamer que tout ne va pas bien, mais que tout va mieux, et, pour se cacher, ils sont derrière les critères purement quantitatifs, ils sortent des chiffres qui entretiennent l’illusion de la grandeur», a lancé Delly Sesanga.
L’homme s’est voulu précis dans ses critiques : «on vous dira que le Congo a désormais un budget de 16 milliards de dollars, mais il y a des arriérés de salaires des fonctionnaires. On vous dira que le Congo possède 52% des eaux de surface d’Afrique, mais seulement 33% de Congolais ont accès à l’eau potable. On vous dira que le Congo a un potentiel de 40.000 MW de courant électrique rien que pour le site d’Inga, mais à peine 10% de la population ont accès au courant électrique».
Cinq axes stratégiques
De même, Delly Sesanga assène que, si, depuis des décennies, les pouvoirs publics vantent le taux de croissance économique, ils oublient de dire qu’il s’agit d’une croissance tirée par un seul secteur, le secteur minier, et que celui-ci peine à résorber le chômage, à créer l’emploi et à insuffler le développement des autres secteurs. Bien au contraire, selon lui, cette économie de rente mono-sectorielle est engluée dans la corruption, les détournements et la mauvaise gouvernance. La RDC, a-t-il rappelé, figure parmi les pays les plus corrompus du monde, avec un indice de perception de la corruption qui la place à la 166ème place sur 180. «Comment s’en étonner d’ailleurs, lorsque le premier des Congolais déclare que les histoires de rétro-commissions, des ‘‘coops’’, ne sont pas illégales, que chez nous c’est normal ?», s’est interrogé l’opposant congolais.
C’est après avoir brossé ce tableau que M. Sesanga a présenté son projet, articulé autour de cinq axes stratégiques : la sécurité et l’indépendance nationale ; l’emploi des jeunes par l’inclusivité de la croissance économique ; l’unité nationale par le renforcement de la cohésion physique du territoire national par des infrastructures d’intégration de l’espace économique intérieur congolais ; la réhabilitation de l’intérêt général et le sens du bien commun dans le cadre d’une saine gestion des finances publiques ; et la réaffirmation de la primauté de la centralité de l’Etat, du règne de la loi au service de la justice, de l’administration du territoire national et de la protection des intérêts nationaux au service des Congolais.
L’exposé a valu au président du parti Envol une standing ovation appuyée, avant la série des questions, auxquelles l’orateur a apporté des réponses à la satisfaction générale.
MULOPWE Wa Ku DEMBA







