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Détournements présumés, 91 millions de dollars non justifiés : opposants et FMI pourfendent le gouvernement

Le président Félix Tshisekedi, le ministre des Finances Nicolas Kazadi, la gouverneure de la Banque centrale Mbuyi Kabedi Malangu, et le DG du BCECO, Jean Mabi (Photo : montage Le Congo qu’on aime).

Il pleut des philippiques sur le gouvernement congolais, en particulier sur le ministre des Finances qui en voit des vertes et des pas mûres. En l’espace de deux jours, ce sont des attaques au mortier qui tentent de détruire l’édifice de respectabilité de la gestion financière du pays que Nicolas Kazadi essayait de présenter à l’opinion. D’abord, les opposants – les quatre principaux : Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga – adressent une lettre au vitriol au directeur général du Fonds monétaire international (FMI) pour y dénoncer des détournements présumés qu’ils mettent au compte du gouvernement. Deux jours plus tard, c’est à la Banque mondiale elle-même qui sort du bois et fait feu de tout bois, affirmant que la dissolution du Fonds social de la RDC – FSRDC – n’est pas conforme aux accords juridiques qui la lie au gouvernement congolais, et dénonce, au passage, le fait que, jusqu’à ce jour, 91 millions de dollars US ne sont pas justifiés.

Le 10 mai courant, les quatre leaders de l’opposition congolaise, désormais unis dans un cadre commun d’action, ont adressé une lettre à Mme Kristalina Georgieva, la DG du FMI, avec copie pour information à David Malpas, président de la Banque mondiale (BM), et à Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement (BAD). Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga n’y vont pas de main morte. «Depuis plusieurs années, la mégestion des fonds publics et des détournements massifs des ressources financières sont régulièrement dénoncés par la société civile. Ces déclarations sont connues du FMI et des autres partenaires», assènent-ils en liminaires.

‘‘Détournements massifs’’

Ils rappellent que, récemment, après un premier rapport ayant trait à l’utilisation des fonds de la Banque mondiale décaissés dans le cadre de la lutte contre le Covid, un second rapport d’audit de la Cour des comptes vient de révéler «l’utilisation scandaleuse des fonds de la BM par le gouvernement». Ils se désolent de voir qu’en dépit de ces ‘‘détournements massifs bien connus de des institutions internationales’’, plusieurs décaissements ont été réalisés par ces institutions, soit un total de 1,6 milliard de dollars américains pour le FMI, 435 millions pour la BM, et 142 millions pour la BAD, en appuis budgétaires et financement de plusieurs projets sectoriels.

Selon les opposants, «en dépit de cette mobilisation massive des ressources en faveur de la RDC, aucun changement perceptible n’est visible dans la vie quotidienne de la population congolaise qui assiste à une érosion progressive de son pouvoir d’achat, à la détérioration        accélérée des infrastructures de base et à la baisse en nombre et qualité, des prestations des services sociaux attendus». Face à ce constat, les quatre opposants congolais demandent un audit sur l’utilisation des ressources allouées dans le cadre de la Facilité élargie de crédit (FEC) de tous les décaissements en faveur de la RDC, notamment les fonds gérés par le BCECO ; la publication des résultats de cet audit ‘‘afin d’édifier le peuple congolais et les pays membres’’ ; et l’implication des pays membres des institutions de Bretton Wood pour que les ressources décaissés servent désormais à la lutte contre la pauvreté et au développement du Congo.

Dépenses inéligibles

Comme si cela ne suffisait pas, le 12 mai, c’est au tour de M. Albert Zeufack, directeur des opérations de la Banque mondiale, de tremper sa plume dans de l’encre tout aussi acide, et d’écrire au ministre des Finances. La BM réagit ici à la dissolution, par le président de la République, du Fonds social de la RDC, et la création d’un nouvel organisme portant le même nom.  «Conformément aux dispositions juridiques qui nous lient, l’organisme dissout était l’entité chargée de l’exécution de trois projets d’une enveloppe totale de 1,04 milliard de dollars américains : le Projet de prévention et de réponse aux violences basées sur le genre (PRVBG) pour 100 millions ; le projet de stabilisation de l’Est de la RDC pour la paix (STEP) pour 695 millions ; et le Projet de stabilisation et de relèvement de l’Est (STAR-Est) pour 250 millions» ; écrit le directeur des opérations de la BM à Kinshasa.

Si la Banque mondiale prend acte de la décision du gouvernement, elle exprime clairement ses «regrets sur l’absence d’un échange préalable qui nous aurait permis de mieux apprécier et d’anticiper ensemble les conséquences, en particulier lorsqu’une telle décision a des implications majeures sur les arrangements institutionnels convenus dans le cadre des accords juridiques signés entre le gouvernement et la Banque mondiale». M. Zeufack assène : «la décision de dissolution du FSRDC n’est pas conforme aux accords juridiques concernant les modalités de mise en œuvre des projets mentionnés ci-dessus».    

Plus grave, la BM attire l’attention sur le fait «toute dépense effectuée dans le cadre d’une composante exécutée par le FSRDC après publication de l’ordonnance présidentielle pourrait être déclarée inéligible». Avant de sonner le tocsin : «Il est à noter que 91 millions de dollars avancés aux projets PRVBG (2 millions) et STEP (89 millions) sont dans l’attente de justification jusqu’à ce jour».  

Aristote KAJIBWAMI