POLITIQUE Violemment interpellé, Mike Mukebayi est jeté dans un cachot du casier judiciaire

Violemment interpellé, Mike Mukebayi est jeté dans un cachot du casier judiciaire

Dans la soirée du samedi 20 mai, après la répression de la marche de l’opposition, c’est un Mike Mukebayi en pleurs qui est passé sur une chaîne de télévision locale. L’homme explique alors que ce serait plutôt ses ‘‘frères Baluba’’ introduits dans l’ANR et la PNC qui sont à la base de ces violences policières pour sauvegarder le pouvoir du président Félix Tshisekedi. Dès dimanche, le député provincial d’Ensemble est cueilli à son domicile et amené au Casier judiciaire, et écroué pour incitation à la haine ethnique.

Réaction d’Eliezaire Ushindi, qui se présente comme militant de ‘‘la paix et du vivre ensemble dans une société à diversité culturelle’’, qui twitte : «nous apprenons l’arrestation de Mike Mukebayi pour ‘‘incitation à la haine’’. Si la justice congolaise pourrait être impartiale, Justin Bitakwira, sous sanctions de l’Union européenne pour les mêmes faits, ne serait pas accueilli dans l’Union sacrée comme gratification».

En effet, depuis le 8 décembre 2022, Justin Bitakwira est sous les sanctions de l’Union européenne pour incitation à la haine, à la discrimination ethnique et à la violence. Dans son règlement d’exécution n° 2022/2397, le Conseil de l’Europe déclare à propos de M. Bitakwira : «Dans ses discours publics, il a, de manière répétée, incité à la violence et encouragé la discrimination et l’hostilité à l’égard de la communauté Banyamulenge, ciblée et attaquée par des groupes armés. Ces discours et déclarations incendiaires contribuent à alimenter le conflit et la violence en RDC, en particulier dans la région des Hauts-Plateaux, caractérisée par des conflits intercommunautaires. Justin Bitakwira est donc responsable d’entretenir le conflit armé, l’instabilité et l’insécurité en RDC en incitant à la violence».

Esprit révolté

M. Ushindi rappelle également le cas de Joël Kitenge, cadre et communicateur de l’UDPS, le parti au pouvoir, qui avait tenu ces propos : «Même si Katumbi serait congolais d’un côté… j’appelle les congolais de ne jamais le voter à cause de sa femme. Ces gens ne sont pas humains. Même à cause de sa femme, il ne faut pas approcher cet individu… avoir une femme Tutsi dans son foyer, c’est une bombe dans la maison. Bien sûr, une femme Tutsi est une bombe dans la maison. (…) C’est une femme Tutsi, j’insiste, Tutsi! Je pèse bien mes mots, Tutsi. Une personne comme cela, tu l’approches, président de la République, avec une femme comme celle-là. On vous a envouté ou quoi vous les Katangais ? Qui vous a envoutés ?»

Pour ces propos, l’homme n’a jamais été ni interpellé, ni jugé et encore moins condamné.

Journaliste formé à l’actuel IFASIC, ancien directeur de la rédaction à Le Soft International, et éditeur de Congo News, journal fermé à vie par l’alors ministre de la Communication et Médias Lambert Mende, Mike Mukebayi est un homme politique au tempérament boutefeu. Sa photo, lors d’une marche des chrétiens catholiques en février 2018 réclamant l’organisation des élections, à genoux, et faisant face courageusement à un policier qui s’apprêtait à lui asséner un coup de matraque, avait fait le tour de la toile, et cultivé sa légende. Depuis l’alternance survenue fin 2018, il a déjà fait la prison, et s’est même vu privé de son salaire de député pendant une année. Le genre de mesures qui n’impressionnent guère cet homme à l’esprit révolté. Aujourd’hui, c’est une vidéo qui le montre transporté par des policiers qui vont le jeter violemment dans une fourgonnette de la police qui sont à la une.

Aristote KAJIBWAMI