Convoqué par le parquet, le politicien Bitakwira est arrivé à la Cour de cassation ce matin. Si le mobile de sa communication n’a pas été spécifié, il semble bien qu’il s’agit de ses propos haineux sulfureux contre les congolais Tutsi de l’Est du pays. En effet, invité de l’émission ‘‘Bosolo na politik’’ le 7 juillet dernier, M. Bitakwira avait développé une rhétorique radio-millecolinnarde dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle vise à semer haine et violence contre les Tutsi de la RDC ou d’autres pays vivant au Congo-Kinshasa.
Depuis plusieurs décennies, des extrémistes au premier rang desquels feu Honoré Ngbanda, ancien conseiller spécial du maréchal Mobutu surnommé Terminator à cause de ses nombreuses violations de droits de l’homme, se sont employé à distiller lentement, mais efficacement, le discours de haine anti-Tutsi dans la masse congolaise. Au point que ce discours s’est installé dans le subconscient collectif de nombreux congolais où il tient carrément lieu de cercle de la raison.
La sortie du livre ‘‘Holocauste au Congo’’ du polémiste franco-camerounais Charles Onana est venu légitimer davantage la rhétorique haineuse contre les Tutsi. Faite de brics et de brocs sans cohérence, des affirmations gratuites non sourcées, des mensonges crus, des manipulations en tous genres et des confusions dues à l’ignorance de l’auteur, cette ‘‘Bible de la haine’’ est venue plus que jamais légitimer dans l’opinion le rejet des Tutsi et Banyamulenge, dès lors qu’elle les présente comme une ethnie fabriquée pour réaliser la destruction du Congo.
Servir d’exemple
C’est d’ailleurs au cours d’une conférence sur ce livre, réunissant tout ce que le pays compte de hérauts de la haine anti-Tutsi, que Justin Bitakwira a tenu des propos d’une violence inqualifiable : «Des fois, on me posait la question : ‘‘Pourquoi vous mélangez tout le monde, et les Banyamulenge, et Kagame ?’’ Je disais : pour moi, il n’y a pas un Tutsi d’Asie, d’Océanie ou d’Amérique. Seulement, dans la psychologie du travail, on parle de la répartition des tâches. Mais le soir ils se retrouvent tous pour examiner quel est le bilan ? Il est largement positif, on peut continuer».
Le professeur Alphonse Ntumba Lumu était assis à ses côtés, tranquillement. Il n’a émis aucune protestation. A l’inverse, il n’a pas trouvé mieux que d’esquisser un sourire approbateur. Un homme réputé républicain dans ses valeurs se mêlant ainsi à des fachos qui professent l’extermination d’une communauté, l’image avait de quoi renverser les bonnes consciences.
Mais les prêches de Justin Bitakwira ne font pas sourire à Uvira. Depuis 2017, ce territoire, autant que ceux voisins de Fizi et Mwenga sont en proie à une guerre de déracinement de la communauté Banyamulenge. Bilan : des milliers de perspnnes tuées, des centaines de villages incendiés, des dizaines des milliers de personnes déplacées, plus de 400.000 vaches razziées ou massacrées. Tout cela dans l’indifférence générale.
Selon des sources, ce mercredi 19 juillet, dans le chef-lieu d’Uvira, territoire du Sud Kivu frontalier du Burundi, la jeune Bonté Kajibwami Kambari, 15 ans, a été pourchassée par une meute d’extrémistes, criant derrière elle : «rwandaise, inkontanyi». A la fin, elle a été poignardée au niveau du rein gauche par un de ses poursuivants. Elle se trouve dans un état critique. Son martyr est dû au simple fait qu’elle est munyamulenge.
Selon le Collectif contre le racisme et les discours de haine qui a publié un communiqué ce mercredi 19 juillet appelant la justice à se saisir du cas de Monsieur Bitakwira, «un jugement pour incitation à la haine ethnique servira d’exemple aux autres chantres du racisme et contribuera à faire cesser la banalisation des discours de haine qui prend des proportions alarmantes en RDC».
Rica MITSH







