FINANCE Dépréciation monétaire : les mesures gouvernementales jugées dérisoires et inefficaces

Dépréciation monétaire : les mesures gouvernementales jugées dérisoires et inefficaces

La RDC a commencé l’année 2023 avec un taux de change de 2022 francs congolais le dollar américain. Avec une ambition forte : un taux de change moyen de 2021 FC le dollar US, et un taux de change fin période de 2034 FC pour l’unité de compte de la monnaie américaine. En six mois d’exercice, toutes ces prévisions ont explosé, et leurs débris se sont fracassés sur la dure roche des réalités. La monnaie congolaise a perdu 30% de sa valeur, et le dollar US a franchi le cap de 2500 FC. Face à cette chronique d’une catastrophe annoncée, le gouvernement a décidé de prendre les taureaux par les cornes, et a pris une batterie de mesures. Qui ne convainquent personne pour le moment.

Devant la dépréciation du franc congolais face dollar américain, le président de la République a présidé le lundi 17 juillet une réunion de crise avec les responsables du secteur économique et financier du pays. Le compte rendu en a été fait par le ministre des Finances Nicolas Kazadi au cours d’un point de presse animé conjointement avec son collègue de la Communication Patrick Muyaya. Les deux ministres ont alors annoncé les mesures urgentes arrêtées par le Gouvernement pour stabiliser le Franc congolais sur le marché de change.

Non convaincantes

Il s’agit des mesures suivantes :

1. La banque centrale a commencé à intervenir sur le marché de change. Ces interventions vont se poursuivre pour rétablir la situation.

2. Pour accroître l’utilité du Franc congolais, le Gouvernement va privilégier le paiement des impôts en Franc congolais. Cela nous permettra d’accroître la demande en FC.

3. La Banque Centrale va désormais surveiller la qualité des dépenses publiques. Renforcer le suivi de nos plans de trésorerie.

4. Le Gouvernement va veiller à ce que le dépenses en cash soient limité au strict minimum. «Nous allons proscrire tous les paiements qui se font au guichet de la banque centrale. Nous allons réduire les sorties d’espèces. Ce sont des mesures que nous venons de prendre ce soir. L’objectif est de réduire la demande en devise pour privilégier la demande en FC», a souligné Nicolas Kazadi.

Sur le plan de la politique monétaire, la Banque Centrale va réguler le flux en Franc congolais à travers le taux directeur de la Banque centrale et opérer le changement sur la politique de ses réserves.

Cela étant, les observateurs ne voient pas en quoi ces mesures peuvent bien changer la donne de manière durable. «Les mesures de stabilisation monétaire annoncées par le Gouvernement ne sont pas convaincantes», réagit Noël Tshiani Kabamba Muadianvita, économiste et ancien cadre de la Banque mondiale. «Des sédatifs qui ont déjà autant fait leurs preuves ont montré leurs limites. Des tranquillisants qui confèrent l’illusion d’un mieux-être. Et une fois le principe actif arrivé à péremption, les vieux démons de la maladie réapparaissent ! Comme pour signifier que l’on ne saurait faire longtemps l’économie d’un remède de cheval», écrit José Nawej, éditeur de Forum des As, sans doute le meilleur éditorialiste du pays.

«Le gouvernement avoue ses fautes à l’origine de l’inflation et de la baisse du pouvoir d’achat, et les mesures qu’il vient d’arrêter pour tenter de rectifier le tir sont insuffisantes», tranche un expert, cité par Africa News. En effet, les trois dernières mesures annoncées – encourager le paiement des impôts en francs congolais en RDC, surveiller la qualité de la dépense publique, limiter les dépenses en cash au strict minimum – relèvent de la gouvernance normale banale pour tout gouvernement sérieux.

Au-delà de leurs compétences

«Le gouvernement s’accuse d’être responsable du déficit budgétaire. Le PTR (plan de trésorerie) n’a jamais été amarré au PEB (plan d’engagement budgétaire) ce qui explique l’inadéquation entre les recettes du trésor et les dépenses publiques. Le ministre des Finances et celui du Budget, respectivement responsables du suivi de l’exécution du PTR et du PEB, devraient démissionner», explique l’expert cité par notre confrère Africa news. Ce déficit étant, bien entendu, couvert par le financement monétaire, d’où l’emballement de l’inflation. Ce ne sont pas les dénégations d’un Nicolas Kazadi, visiblement désespéré, qui y changeront quelque chose.

Quant à l’intervention de la banque centrale sur le marché pour augmenter l’offre des devises, c’est une mesure qui n’a jamais donné des résultats par le passé pour juguler l’inflation. Le mardi 18 juillet, une certaine tension due aux effets attendus de ces mesures a poussé nombre de cambistes à geler la vente des dollars américains pendant que le taux de change baissait légèrement à 2430 FC le dollar. Mais dès le lendemain mercredi 19 juillet, le dollar américain repassait le cap de 2539 FC.

Raillerie de Noël Tshiani sur son compte twitter : «l’ampleur de la dépréciation monétaire actuelle ne pourra pas être maîtrisée par une équipe économico-financière composée d’un chimiste, d’un économiste rural, d’un statisticien et d’un économiste généraliste. Ces questions sont au-delà de leurs expertises ou compétences». Le chimiste étant le Premier ministre Sam Lukonde, l’économiste rural Vital Kamerhe, la statisticienne Mbuyi Kabedi Malangu, et l’économiste généraliste Nicolas Kazadi.

MULOPWE Wa Ku DEMBA