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A la “DRC-Kenya Investors’ Roadshow”, appel à dédollariser l’économie et le commerce intra-africain

Bien souvent en proie aux difficultés de se procurer des devises afin de faciliter leurs importations, des pays africains veulent mettre en place un système qui, en attendant la mise en place d’une commune au niveau du contient, permettra le commerce intra-africain en monnaies locales. Le Kenya est aux avant-postes de ce combat. Après le président William Ruto en mars, des officiels de Nairobi l’ont réitéré le lundi dernier à la Kenya-DRC Investors’ roadshow organisé par Equity Group. L’évènement a débuté à Nairobi le lundi 17 juillet 2023, et s’est poursuivi à Kinshasa les 18 et 19 juillet. Il vise à explorer les opportunités et contribuer au développement de la région de l’Afrique de l’Est.

Le pourcentage du commerce intra-africain s’élève à environ 10% seulement, alors que l’Europe, l’Amérique du Nord et les pays de l’ASEAN réalisent respectivement 60%, 40% et 30% du commerce au niveau régional. Une des causes de cette réalité demeure l’exigence de faire des échanges en dollars américains. C’est ainsi que, profitant de l’occasion offerte par la Roadshow des investisseurs du Kenya et de la RDC, Nairobi a annoncé son intention de se disputer le droit d’hébergement d’une chambre de compensation commune pour payer et régler les accords commerciaux intra-régionaux dans le cadre d’une initiative ambitieuse visant à réduire la dépendance à l’égard du dollar américain pour conclure des accords intra-africains.

Le gouverneur de la Banque centrale du Kenya, Kamau Thugge, a déclaré lundi que Nairobi “exprimera notre intérêt à accueillir” le système panafricain de paiement et de règlement (Papss), qui vise à faciliter les paiements intra-africains en devises nationales. Le système, développé par Afreximbank, a été adopté par l’Union africaine basée à Addis-Abeba en juillet 2019 et a été soutenu par le secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA) dont le siège est à Accra.

«Nous écrirons bientôt à Afreximbank pour exprimer ce désir [d’héberger Papss]”, a déclaré le Dr Thugge aux participants de la Roadshow des investisseurs Kenya-RDC 2023 organisée par Equity Holdings Group», a déclaré M. Kamau Thugge. Qui estime que son pays doit positionner Nairobi comme un centre financier de premier plan de la région Afrique de l’Est en ce moment où le continent se dirige vers la zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA).

Afreximbank a officiellement lancé le système en janvier 2022 après une phase d’essai sur six banques centrales de la zone monétaire ouest-africaine (Wamz) à partir d’octobre 2021. Ces pays Wamz – Nigeria, Ghana, Libéria, Guinée, Sierra Leone et Gambie – ont été rejoints par la Zambie, le Zimbabwe et Djibouti sur la plateforme Papss. Le système permet à un commerçant d’un pays participant de demander à sa banque locale de payer un fournisseur d’un pays différent en utilisant la monnaie locale. Sa banque envoie ensuite des instructions à Papss pour régler le paiement via la banque locale du fournisseur dans la devise de sa juridiction en temps réel.

Ralliement des pairs

Papss est chargé d’effectuer des contrôles de validation avant de transmettre l’instruction à la banque destinataire. L’annonce du gouverneur de la Banque centrale du Kenya intervient à peine un mois après que le président William Ruto a rallié ses pairs sur le continent pour mobiliser les banques centrales, banques commerciales, prestataires de services de paiement, systèmes de cartes et autres intermédiaires de paiement respectifs pour exploiter Papss.

En mai dernier, le président William Ruto avait demandé aux dirigeants africains de faire le premier pas vers l’abandon du dollar américain globalement haussier en souscrivant à un système de paiement panafricain pour faciliter le commerce sur le continent.

«Nous avons tous du mal à effectuer des paiements de biens et de services d’un pays à l’autre en raison des différences de devises. Et au milieu de tout cela, nous sommes tous soumis à un environnement dollarisé», avait-il fait savoir, lors d’un forum de représentants du gouvernement et du secteur privé participant à un forum sur l’AfCFTA à Nairobi.

Avant de renchérir : «Sans une seule plateforme de paiement, les instructions de paiement d’un pays africain à un autre passent généralement par plusieurs institutions financières intermédiaires, ce qui entraîne une augmentation des coûts, des complications, des problèmes et des fluctuations inutiles des devises et cela finit par être tout un écosystème de confusion».

La RDC se débat en ce moment à une inflation combinée à une faiblesse de mobilisation de ses recettes. Parmi les mesures prises par le gouvernement au cours d’une réunion de crise le lundi dernier figure, sur le plan de la politique monétaire, l’engagement de la Banque Centrale à réguler le flux en francs congolais à travers le taux directeur de la Banque centrale

Une mesure qui a fait bondir l’économiste Noël Tshiani. «Dans une économie dollarisee a 95 %, la politique monétaire est inefficace car agissant sur des variables comme le taux directeur et le coefficient des réserves obligatoires portant sur les crédits et les dépôts en Franc congolais», a réagi l’ancien haut fonctionnaire de la Banque mondiale. D’où la solution, selon lui : «Il faut dédollariser l’économie congolaise». La RDC va-t-elle répondre à l’appel du Kenya ?

Aristote KAJIBWAMI