A LA UNE Procès Mwangachuchu : le cri d’alarme de ses avocats contre une procédure fondée...

Procès Mwangachuchu : le cri d’alarme de ses avocats contre une procédure fondée sur la haine et la stigmatisation

Me Thomas Gamakolo, au cours de sa conférence de presse au CEPAS à Kinshasa/Gombe

Trois jours après le réquisitoire du ministère public dans le procès Edouard Mwangachuchu Hizi – qui a requis la perpétuité contre l’accusé –, le collectif des avocats de l’homme d’affaires et député national de Masisi ont donné de la voix ce lundi 28 août 2023. L’évènement a eu lieu dans le cadre de la salle Père Boka du CEPAS à la Gombe. Face à la presse, maître Thomas Gamakolo, représentant le collectif des avocats de la défense, dénonce à la fois «un procès de la haine et de la stigmatisation basé sur le stéréotype et l’exclusion», «un procès de la discrimination», et une tentative de faire de son client «une victime expiatoire de tous les crimes et autres fautes supposément commis pat des Tutsi». Les mots sont choisis, mais forts, à la mesure de ce qui est considéré ici comme une sorte de procès Dreyfus bis, version tropicale.

La veille de la plaidoirie des avocats de M. Mwangachuchu Hizi, ses avocats ont tenu à parler au peuple congolais parce que, selon eux, la clameur publique a joué un rôle capital dans ce procès. Prenant ainsi le peuple congolais à témoin, Me Thomas Gamakolo a rappelé tout le processus judiciaire qui a conduit son client jusqu’à cette étape. «Le 1er mars 2023, l’honorable Mwangachuchu Hizi Edouard a été arrêté arbitrairement par le service de renseignement militaire sans aucune invitation préalable, et sans prise en compte de sa qualité de député national», assène Me Gamakolo. Pour qui le bureau de l’Assemblée nationale n’a jamais été requis pour autoriser son arrestation.

Concernant les incriminations retenues, Thomas Gamakolo a rappelé pêle-mêle : l’intelligence avec le Rwanda et le M23, la haute trahison, l’espionnage, l’atteinte à la sureté de l’Etat, l’incitation des militaires à commettre des actes contraires à la loi, participation à un mouvement insurrectionnel, détention illégale d’armes de guerre. Infractions finalement rétrogradées et ou requalifiées tout au long du procès, et même après l’instruction.

Pour ce qui est du procès lui-même, Me Gamakolo soutient que les trente audiences ont été alimentées par un sentiment anti-Tutsi et anti-Rwanda savamment entretenu par le ministère public. «Notre client a été confronté à un discours de haine et de discrimination développé aussi bien par le ministère public que par les avocats de la République», a-t-il déclaré. Avant d’ajouter : «Le fait que notre client soit membre de la communauté Tutsi et de surcroit président de l’association culturelle ISSOKO qui regroupe les membres de sa communauté, ne le rend pas responsable des actes que poseraient certains Tutsi. Notre client a toujours condamné les actes criminels du M23 et n’a cessé de le faite tout au long de ce procès».

Dire le droit

Au passage, l’avocat a rappelé que M. Edouard Mwangachuchu, âgé de 70 ans, est très affaibli par la maladie et n’a pas eu droit aux soins médicaux appropriés – toutes ses demandes de libération conditionnelle pour raisons de santé ayant été rejetées. «Notre client est un homme qui est en train de mourir petit à petit», se plaint Me Thomas Gamakolo.

Réagissant au réquisitoire du ministère public, l’avocat argue qu’il n’est basé sur aucun élément de preuve, rien n’ayant démontré que M. Mwangachuchu ait financé ou soutenu de quelque manière que ce soit le M23. De même, la concession SMB qu’on lui attribue «ne lui appartient plus depuis 2014». C’est dans cette concession que des membres de la milice hutu du nom de Nyatura, ont affirmé avoir découvert une cache d’armes. «Il est curieux de constater que c’est sur base de leur témoignage qu’un élu du peuple, un notable, a été écroué», se désole Me Gamakolo. Et de s’interroger, dépité : «Comment la justice congolaise peut-elle accorder du crédit au témoignage de ceux qui sont justement à la base du chaos que nous connaissons aujourd’hui dans l’est du pays ?»

En outre, le fameux coffre-fort de M. Mwangachuchu qui a fait couler tant d’encre et de salive n’est plus évoqué, le ministère public reconnaissant être allé trop vite en besogne, déclare Me Gamakolo.

Au regard de ce qui précède, le collectif d’avocats lance un véritable cri d’alrme : «nous estimons qu’avec ce procès, notre vivre ensemble et la cohésion nationale sont mis à rude épreuve. Notre client n’étant pas le Jésus Christ des Tutsi, il ne doit pas être puni pour des faits d’autrui au prétexte qu’il est de la même ethnie que des membres de la rébellion M23».

Lueur d’espoir, cependant, pour Me Gamakolo : la confiance en la justice congolaise. «Nous croyons en la justice de notre pays, nous croyons qu’elle va résister aux pressions internes ou externes afin de rester au milieu du village, et de dire le droit», a-t-il conclu.

Aristote KAJIBWAMI