C’est décidément devenu un rituel en RDC : les services de sécurité, civils ou militaire, arrêtent quelqu’un pour des motifs qu’ils abandonnent vite en rade campagne, se saisissent de ses téléphones qu’ils commencent à inspecter – parfois sans une autorisation du procureur – et prétendent ensuite y avoir découvert de nouvelles incriminations sur base desquelles ils transfèrent la personne arrêtée devant les juges. Cela a été le cas il y’a peu avec un ancien proche du chef de l’Etat, finalement relaxé quand la forfaiture était devenue trop clairement visible aux yeux de tous. C’est encore le cas avec Salomon Idi Kalonda, arrêté pour un supposé port illégal d’arme, et aujourd’hui poursuivi pour haute trahison.
Le constat demeure le même : le ministère public tangue dans tous les sens, et finit par solliciter elle-même afin de mieux peaufiner ses accusations. Comme à la première audience, celle du 18 septembre 2023, le rendez-vous du 19 septembre a vu également une demande de renvoi par le ministère public. Ce qui n’a pas manqué de susciter moult questions dans le chef d’observateurs avertis de ce dossier. pour l’équipe de défense du conseiller spécial de Moïse Katumbi, on rit volontiers sous cape de ces tergiversations du ministère public. «Il est à court d’arguments, tout simplement pare que le dossier est vide», se fend un avocat de la défense.
Il faut dire que l’accusé, pourtant malade et intrené dans un centre hospitalier de Kinshasa, a désobéi à l’avis de ses médecins afin d’affronter la cour dans ce procès à la prison militaire de Ndolo. Amaigri et très affaibli physiquement, M. Kalonda a tenu à s’adresser personnellement à la cour militaire, avec un courage qui en a surpris plus d’un, dénonçant – le mot fait mouche – un «procès de la honte».
«Procès de la honte»
«Monsieur le président, je me présente ici devant vous. Je suis malade. Contre l’avis de mes médecins, je ne devais pas me présenter ici parce que mes médecins ont voulu me maintenir. Autant la mort peut m’emporter par la maladie, autant cette situation que je vis aujourd’hui avec ce procès de la honte peut m’emporter. Tout homme a des limites», a-t-il déclaré d’entrée de jeu. Avant de poursuivre, sur sa lancée : «Je ne saurai pas me mettre debout pendant toute la durée, si vous pouvez me permettre que je puisse m’asseoir», tels ont été les premiers mots du Conseiller spécial de Katumbi, depuis son arrestation le 30 mai sur le tarmac de l’Aéroport de N’Djili, suivie de sa désormais longue période de détention».
Membre du collectif d’avocats de Salomon Kalonda, Me Hervé Diakiesse n’en pense pas moins. Lui qui se dit convaincu de la finalité d’un procès qui se conjuguerait en réalité avec un règlement des comptes, orchestré dans le cadre d’un complot visant à «éliminer un adversaire politique». «Eliminer un adversaire politique et, à travers lui, à inhiber toute initiative d’opposition dans ce pays susceptible d’amener une crédibilité à l’alternance qui, de toutes les façons, viendra», a ainsi déclaré Me Diakiesse. En guise de preuve, la défense a ainsi cité et dénoncé, notamment, le rôle de Dany Banza, ambassadeur itinérant du Président de la République, accusé d’avoir «instrumentalisé un agent ANR pour clouer Salomon».
A cet effet, la défense a parlé du «rôle suspect» de Patrick Nyundo, cet agent de l’ANR «chargé, depuis 2018, par l’ambassadeur itinérant du Chef de l’Etat, Dany Banza, de filer Salomon Idi Kalonda et de lui tendre des pièges par des messages insidieux» qui «est en liberté». Le collectif d’avocats de M. Kalonda voit également un «raccordement frauduleux» entre Salomon et Moise Katumbi dans le fait que la l’ex-Demiap ait sollicité en date du 06 juin 2023 «d’imposer une interdiction de sortie à Moïse Katumbi».
Mémoire unique offensif
La défense de M. Kalonda a alors présenté un mémoire unique très offensif, dans le lequel elle s’est attelé à démonter les arguments du ministère public dans ses accusations contre Salomon Kalonda. Elle a, sur ce fait, demandé la «nullité de des procès-verbaux dressés au niveau de l’Etat-Major Renseignements Militaires tirée notamment du défaut de qualité d’OPJ et violation des prescrits constitutionnels et légaux relatifs à la détention». Le collectif d’avocats soutient que la Cour militaire est réputée «incompétente» pour juger un civil, en l’occurrence leur client.
«Ce dossier est marqué par des multiples violations des droits», peut-on lire dans le mémoire unique, qui appelle la Cour à se dessaisir du dossier, du reste marqué par plusieurs «violations des droits du prévenu tels que garantis par la Constitution, notamment lors de son enlèvement suivi d’une détention plus qu’irrégulière» et ainsi «ordonner la libération du prévenu».
La prochaine audience est fixée au 25 septembre 2023 pour la réplique du Ministère public. Assis dans le public, on a noté la présence de Moïse Moni Della, frère aîné de Salomon Kalonda. Ancien compagnon d’Etienne Tshisekedi. Très jeune, il avait été arrêté pour militantisme Udépéssien outré, et transféré à la prison centrale de Makala où il avait rejoint les fondateurs de l’UDPS. «Le pauvre ! Il ne pouvait jamais s’imaginer, même dans ses pires cauchemars, que son jeune frère serait ainsi traité au moment où son parti de jeunesse est, enfin, au pouvoir», lance un confrère.
Mbuta MAKIESSE







