Le Dr Denis Mukwege, à l’issue de son discours d’annonce de candidature à la présidence. | Photo : Finance-cd.com
Ça y est ! Le docteur Denis Mukwege s’est lancé dans l’arène politique en briguant la présidence de la République. L’événement a eu lieu en la grande salle de l’église Fatima à Kinshasa/Gombe. Tel le général De Gaulle lançant du haut du balcon du gouvernement général d’Alger son fameux ‘‘Je vous ai compris’’ à une foule massée sur la place du Forum le 4 juin 1958, le prix Nobel congolais a lâché : «J’ai entendu votre appel, je suis prêt. Je quitte mon confort pour sauver le Congo qui est en train de disparaitre de la carte d’Afrique. Notre pays est devenu la honte de l’intérieur et la risée du monde. Notre place est sur le podium du développement. Pour y arriver, il nous faut le travail et la discipline». Avant de lancer ce que les centaines des partisans réunis dans la grande salle de la paroisse Fatima attendaient tous : «Le moment propice, c’est maintenant. Ma seule motivation est de sauver notre patrie, de développer notre pays. Nous, nous sommes avec le peuple. Nous ne pouvons pas attendre pour réagir. J’y vais maintenant, j’accepte d’être candidat à la présidence de la République».
La déclaration a été accueillie par des applaudissements frénétiques. Il faut dire que le public avait été préalablement chauffé par un discours au vitriol contre le pouvoir de Félix Tshisekedi et aux accents martiaux. «Nous sommes gouvernés par des dirigeants irresponsables et incompétents, qui ont fait du Congo la honte de l’intérieur et la risée du monde», a ainsi déclaré Denis Mukwege. Mais aussi : «Notre pays est menacé dans son intégrité et son unité». L’homme a dénoncé pêle-mêle «le système corrompu qui réussit le débauchage des parlementaires des parlementaires en cours de mandat», «les aéroports en mauvais état», «le manque d’eau potable dans un pays qui est considéré comme le château d’eau d’Afrique», «la multiplication des groupes armés étrangers et locaux dans le pays», «la sous-traitance de la sécurité nationale par des puissances étrangères dont les troupes sont déployées dans le pays sans passer par le Parlement», etc.
Reprenant sa rhétorique patriotique habituelle, clin d’œil à sa base de l’est du pays, Denis Mukwege a dénoncé ce qu’il qualifie de balkanisation déjà effective, qui se caractérise par le fait que «des marchandises rwandaises rentrent sur le territoire congolais sans payer les taxes», ainsi que des «contrats opaques par lesquels on offre les richesses du pays aux pays agresseurs». Il a également brocardé le président Félix Tshisekedi pour les violations des droits de l’homme, qui se caractérisent par l’arrestation des leaders de l’opposition et des journalistes, et les massacres des civils, comme celui de Goma. Avant de déclarer que ceux qui aiment le pouvoir pour le pouvoir sont à l’Union sacrée, «c’est-à-dire du bon côté de leur histoire».
Gouvernance nouvelle et rupture
Denis Mukwege a soutenu que sa seule motivation était de «sauver de la décadence un pays un pays dont la souveraineté est bradée par celui-là même qui était censé la protéger». Il a rappelé qu’une «alternance obtenue par des manières pernicieuses n’a permis qu’à changer le visage des dirigeants, sans extirper le cancer des antivaleurs qui ruinent le pays».
Le célèbre gynécologue-obstétricien congolais a dit s’engager pour une gouvernance nouvelle et pour la rupture. Avant d’appeler toutes les forces du changement à l’unité «pour faire gagner notre peuple, pour ce nouvel envol que j’appelle de tous mes vœux». Il a enfin appelé le peuple à la vigilance, car il ne suffit de voter, mais de surveiller tout le processus afin d’empêcher les fraudes qui, selon lui, ont déjà été programmées.
Fils d’un pasteur pentecôtiste originaire du Sud Kivu, Denis Mukwege est né à Bukavu le 1er mars 1955. Après l’obtention de son diplôme d’Etat en biologie-chimie en 1974, il fait deux années à la faculté polytechnique de l’Université de Kinshasa, avant de changer et d’opter pour la médecine. Docteur en médecine de l’Université du Burundi en 1983, il dévient docteur en sciences médicales en 2015 de l’Université libre de Bruxelles en Belgique après la défense de sa thèse portant, naturellement, sur la réparation des fistules uro-génitales.
Ancien médecin-directeur de l’hôpital de Lemera à Uvira, il fonde l’hôpital de Panzi à Bukavu où il passe des années à soigner – mieux, à réparer – les femmes victimes de viols dans cette partie du pays où pullulent des groupes armés. Son travail et son engagement humanitaire ont fait de lui le congolais qui a reçu le plus grand nombre de distinctions internationales, dont le prix des droits de l’homme de la République française en 2007, prix des droits de l’homme des Nations Unies en 2008, prix international Roi Baudouin en 2011, Grand prix de la fondation Chirac pour la prévention des conflits en 2013, prix Sakharov remis par le Parlement européen en 2015, prix Nobel de la paix en 2018.
Mbuta MAKIESSE







