Les principaux candidats à la présidence de la République : Félix Tshisekedi, Martin Fayulu, Moïse Katumbi et denis Mukwege.|Photo : Afrikarabia.
Le 3 octobre dernier, Bintou Keita, représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU en RDC – et, de ce fait, l’œil et l’oreille de la communauté internationale en RDC – a réitéré l’appel de la communauté internationale à des élections inclusives en RDC. Au cours d’un entretien avec ONU-Info, la cheffe de la MONUSCO a souligné la nécessite d’avoir des élections inclusives, transparentes et apaisées en RDC. Elle a souligné que la MONUSCO va apporter un appui logistique à la Commission électorale nationale indépendante (CENI), dans les trois provinces où elle est encore déployée : Ituri, Nord-Kivu et Sud-Kivu. Selon elle, la mission onusienne va présenter un plaidoyer pour s’assurer que toutes les parties prenantes comprennent qu’il y a des principes pour des élections de qualité.
« Et là notre rôle, le mien et celui de mes collaborateurs et collaboratrices, c’est d’amener toutes les parties prenantes à comprendre que des élections de qualité, ce sont des élections qui sont transparentes, ce sont des élections qui sont crédibles, ce sont des élections qui sont inclusives et ce sont des élections qui se passent sans violence. D’avoir ces principes nous permet de dire aux uns et aux autres : Attention là, on n’est plus du tout dans un environnement qui va être paisible, des actes ont été posés qui vont amener à une exclusion de certaines personnes ou de certains partis », a déclaré Mme Keita.
Cet appel à l’inclusivité du processus électoral n’est pas un fait du hasard. Il tire sa légitimité d’un climat délétère entretenu pendant presque deux ans qui a tenté de saper les fondements même de la nation congolaise en instillant dans l’opinion que la citoyenneté congolaise – la fameuse congolité – devrait être mesurée en pourcentage pour chacun – rappelant ainsi quelques idées farfelues mais extrêmement dangereuses dignes de l’Allemagne nazie de sinistre mémoire. Et qu’ainsi, seuls devaient occuper des postes de responsabilité, à commencer par la présidence de la République, les ‘‘Congolais 100%’’, c’est-à-dire nés de père et de mère eux-mêmes congolais.
Discours pire que celui de Zemmour
Afin de matérialiser cette folie raciste, un homme fut choisi dans le rôle du fou du roi : Noël Tshiani Muadianvita, ancien fonctionnaire aujourd’hui retraité de la Banque mondiale, devenu politicien sans base connue, qui avait recueilli 0,3% de suffrages à la dernière présidentielle. L’homme a fait le choix de porter un discours bien pire que celui des extrémistes de droite comme Marine Le Pen et Eric Zemmour en France. Et s’est trouvé un porte-flingue en la personne du député Nsingi Pululu, afin de faire passer une proposition de loi dite ‘‘de père et de mère’’. Il n’en fallut pas plus pour que dans Jérusalem, la même que le président Tshisekedi considère comme la capitale éternelle d’Israël et où il a transféré récemment l’ambassade de la RDC, des panneaux géants fleurissent, traitant le chef de l’Etat congolais d’antisémite !
Cette pression internationale, couplée à celle interne, eut raison de cette initiative décidément mort-née. Nombreux analystes rappelèrent que l’histoire et la tradition du Congo n’ont jamais mis en exergue des considérations de ce genre. «Chaque fois qu’il évolue dans un système démocratique, le Congo n’a jamais fait de différence entre ses enfants sur base de ce genre de critères. On ne peut pas aimer un pays plus que celui qui verse son sang pour son idéal d’unité de sa nation. Jean Pierre Finant, né d’un père belge et d’une mère congolaise, premier gouverneur noir de la province Orientale, a versé son sang en tant que nationaliste-lumumbiste, assassiné à Mbuji-Mayi par des frères ethniques de Noël Tshiani qui, eux, bien que nés de pères et de mères congolais, étaient en train de balkaniser le Congo en créant le royaume du Sud Kasaï», notait un analyste. Qui rappelait également le sacrifice du colonel Mamadou Ndala, brillant commandant ayant excellé sur le champ de bataille contre les rebelles du M23 en 2012, qui était né d’un mère malien et d’une mère congolaise, et qui a versé son sang pour le salut du Congo à l’époque où Noël Tshiani menait grand train dans le luxe douillet de ses bureaux à Washington et optait pour la nationalité américaine, et en faisait bénéficier ses enfants, même ceux nés à Kinshasa de ses relations extra-conjugales.
Déjà, à l’époque, tout le monde avait compris l’objectif visé, à savoir éliminer le principal adversaire du chef de l’Etat lors de la prochaine présidentielle : Moïse Katumbi Chapwe. Passé cette étape, à la veille de la présidentielle, des rumeurs ressurgissent sur la même volonté d’éliminer encore le même Katumbi, par d’autres moyens plus subreptices. «Kabila l’a empêché de participer à l’élection présidentielle de 2018 en lui interdisant, par la force physique, de rentrer sur le territoire de son pays. Entre 2021 et 2023, on a tenté de l’éliminer de la présidentielle par la loi, mais on n’y est pas parvenu. Aujourd’hui, on essaye par des moyens détournés pour obtenir le même résultat», s’émeut le journaliste Eric Wemba, patron du site d’infos Exclusifrdc.com et du journal Exclusif.
Selon lui, nul n’ayant prouvé de manière irrévocable la prétendue nationalité étrangère de M. Katumbi, toute polémique sur celle-ci ou son certificat de nationalité, qui n’enlève en rien sa nationalité congolaise, aura une connotation politique et ôtera aux élections leur caractère inclusif. «Écarter Katumbi à cette étape de la publication de la liste provisoire et de la liste définitive, c’est donner raison à la Communauté internationale qui alerte, depuis un certain temps, sur le risque d’un embrasement général du pays», tranche Eric Wemba, cité par nos confrères d’Africa News.
Nouveaux foyers de tension
Il y a plusieurs semaines, de nombreuses voix se sont levées aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur, pour réclamer l’organisation des élections transparentes, crédibles et inclusives, et mettre en garde contre les conséquences qui pourraient découler d’un processus électoral qui ne respecterait pas ces trois conditions. Fin-juin dernier, les laïcs catholiques et protestants, les organisations de la société civile et les mouvements citoyens, ont signé ensemble un ‘‘appel à la mobilisation générale pour des élections crédibles, inclusives et transparentes en RDC’’, sous la facilitation de la Fondation Kofi Annan. “Nous nous dirigeons vers une crise électorale majeure en RDC en décembre. La société civile congolaise tire la sonnette d’alarme et propose des solutions pour l’éviter. Les autorités et la communauté internationale doivent en prendre acte et, mieux encore, agir avant qu’il ne soit trop tard”, avait alors indiqué Sébastien Brack, conseiller principal de la Fondation Kofi Annan.
Le 27 septembre, c’est au tour de Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères de répéter à son homologue congolais Christophe Lutundula l’exigence de la communauté internationale : « Pour notre part, nous avons fortement insisté sur la nécessité que les élections se déroulent de manière inclusive et que le débat démocratique reste suffisamment ouvert».
«Si le président Félix Tshisekedi veut d’un deuxième mandat, autant mieux pour lui de l’obtenir dans les urnes, à la loyale, et non en éliminant des adversaires comme l’avait fait Kabila en 2018», assène un observateur. Qui explique qu’un pays aussi fragile que la RDC, déjà empêtré dans l’instabilité et la guerre dans sa partie orientale, n’a nul intérêt de se créer de nouveaux foyers de tension.
Aristote KAJIBWAMI







