L’élection des gouverneurs des provinces congolaises au second degré par les députés provinciaux a souvent conduit à un viol massif de la volonté du peuple exprimé dans les urnes. L’exemple type en est la victoire d’André Kimbuta Yango du PPRD (7 élus provinciaux sur les 44 sièges d’élus auxquels il fallait ajouter 8 chefs coutumiers) face à Adam Bombole Intole du MLC (22 élus). Si le législateur s’était lourdement mépris sur une qualité qui fait gravement défaut à la classe politique congolaise : le bon sens républicain qui permet aux uns et aux autres de comprendre que le gouvernorat de province doit échoir au parti ou à la coalition qui détient la majorité à l’assemblée.
Rien de tel en RDC. Ici, la corruption règne en maître. Très vite, les assemblées provinciales se transforment en foire commerciale à ciel ouvert où chacun s’offre, sans honte ni vergogne, au plus offrant. A la fin, ce sont des députés provinciaux à la barbe copieusement mouillée, qui s’en vont voter les poches pleines de l’argent de la débauche politique, et offrent le poste à des candidats bien souvent sans majorité au sein de l’assemblée. Par ces méthodes peu recommandables, le pouvoir de Joseph Kabila a réduit a foulé aux pieds le sens démocratique du palier du pouvoir provincial dans le pays. Parvenue au pouvoir à l’issue des élections de 2018, l’UDPS n’a pas fait mieux, et a suiviles traces du kabilisme, s’offrant par exemple des gouverneurs au Tanganyika et au Maniema où elle n’avait zéro élu.
Face à cette réalité, Félix Tshisekedi, qui avait dénoncé la corruption qui avait entaché l’élection des gouverneurs et des sénateurs en 2019, a mis en place des règles qui respectent la démocratie : étant donné que la coalition Union sacrée de la nation a remporté la majorité dans toutes les provinces, le parti arrivé en tête dans chaque province prend le poste de gouverneur, celui arrivé en deuxième place prend la présidence de l’assemblée provinciale, et le troisième le poste de vice-gouverneur. Pour la première fois, il s’agit de respecter les principes démocratiques à la base.
Escroquerie politique
De la sorte, tous les candidats postulent au sein de leur formation politique, quitte à ce que celui-ci choisisse le candidat qui portera ses couleurs pour chaque poste en présence. Ce qui a été également le cas à Kinshasa où le poste de gouverneur revient à l’UDPS, première en nombre d’élus avec ses 13 sièges. Et le choix du parti présidentiel a été porté sur Daniel Mbumba Lubaki, qui a également l’avantage d’être élu de la capitale et jouit d’une réelle épaisseur de légitimité pour prétendre diriger les Kinois.
Alors que tous ceux qui avaient postulé à la candidature à l’UDPS ont sportivement accepté le verdict du parti, on a enregistré un coup de théâtre : Deo Kasongo fait volte-face, et dépose sa candidature en indépendant. «C’est un UDPSien de la vingt-cinquième heure qui n’était venu au parti que dans le seul objectif d’obtenir le soutien à sa candidature au gouvernorat. Ne l’ayant pas obtenu, il est parti. Il est inconnu au bataillon de l’UDPS», confie une source proche d’Augustin Kabuya.
«Comment compte-t-il se faire élire, autrement que par la corruption, étant donné qu’il n’a aucun élu à lui au sein de l’assemblée provinciale ?», interroge un analyste congolais. Qui renchérit : «Comment M. Kasongo peut-il placer la photo du chef de l’Etat sur ses affiches de campagne, et se revendiquer de lui, alors qu’il pisse sur les règles empreintes de bon sens démocratiques qu’il a édictées ? C’est de l’escroquerie politique». Avant d’appeler les élus de Kinshasa à ne pas se laisser entraîner dans la corruption, et à ne pas oublier le pacte républicain qui les lie au sein de l’Union sacrée.
Belhar MBUYI







