A LA UNE Un rapport des experts de l’ONU accuse l’Ouganda de soutenir les rebelles...

Un rapport des experts de l’ONU accuse l’Ouganda de soutenir les rebelles du M23, Kampala dément

Le chef d’Etat-major général des FARDC Christian Tshiwewe en compagnie de son homologue Muhoozi Kainerugaba de l’UPDF (armée ougandaise). Photo : Droits tiers

Il y a quelques semaines que Africa Intelligence a révélé que le gouvernement congolais, méfiant à l’égard de l’Ouganda, qu’elle soupçonne de soutenir les rebelles du M23, s’efforçai de mettre un terme à la présence des troupes ougandaises déployées en RDC dans le cadre de la lutte contre le groupe armé ADF. Aujourd’hui, c’est un rapport des experts de l’ONU sur la RDC qui a fuité avant sa présentation au Conseil de sécurité, qui vient renforcer les accusations portées contre l’Ouganda. Les enquêteurs déployés par l’ONU rapportent que l’armée ougandaise, les Forces de défense du peuple ougandais (UPDF), directement et par l’intermédiaire de sa branche de renseignement, le renseignement et la sécurité de la défense (DIS), soutient activement les rebelles du M23 et de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) dans l’est du pays. Kampala dément, vigoureusement.

«Le Groupe [d’experts de l’ONU]… a obtenu des preuves confirmant le soutien actif au M23 de la part de certains responsables de l’UPDF et du commandement du renseignement militaire (CMI)», peut-on lire en partie dans le rapport divulgué. «Des sources de renseignement et des individus proches du M23 ont également confirmé la présence d’officiers du renseignement militaire ougandais à Bunagana depuis au moins fin 2023, pour assurer la coordination avec les dirigeants du M23, assurer la logistique et transporter les dirigeants du M23 vers les zones contrôlées par le M23», ajoute le rapport.

Et de poursuivre : «malgré les preuves documentant le transit régulier de troupes, de véhicules et de fournitures militaires du M23 et des RDF à travers le territoire ougandais, le gouvernement ougandais, y compris son service de renseignement militaire, a affirmé n’avoir enregistré la présence d’aucune troupe ou matériel étranger sur son territoire depuis le début de la crise du M23. Cependant, l’ampleur et la fréquence des mouvements font qu’il est très peu probable qu’une telle présence passe inaperçue».

Un engagement pour mettre fin au conflit

De son côté, le gouvernement ougandais nie avoir apporté son soutien au M23, affirmant que son implication dans l’approche d’une fin diplomatique au conflit était connue de Kinshasa et d’autres parties prenantes. Le ministère des Affaires étrangères a toutefois déclaré que les accusations renouvelées, comme les précédentes, sont infondées car l’Ouganda est un bâtisseur de paix et non un fauteur de guerre dans la région.

«L’engagement que nous avons eu avec le M23 visait à mettre fin au conflit. Nous voulions qu’ils s’engagent directement et fassent part de leurs revendications à la République Démocratique du Congo. C’était très simple», a déclaré M. Henry Oryem Okello, ministre d’État chargé des Affaires étrangères.

Selon le ministre, le gouvernement du président congolais réélu Félix Tshisekedi était au courant des contacts de l’Ouganda avec le M23 pour «partager leurs revendications afin que l’Ouganda les transmette à Kinshasa». «Nous ne les avons pas amenés (les rebelles du M23) en Ouganda, et nous ne leur avons pas donné des armes. Ce sont des foutaises», a ajouté M. Oryem à nos confrères du journal ougandais Standard.

Le groupe d’experts accuse également Andrew Mwenda, un célèbre journaliste ougandais, d’avoir servi d’interlocuteur à Kampala pour les rebelles. «Nangaa et Lawrence Kanyuka ont bénéficié du soutien de la personnalité publique ougandaise Andrew Mwenda pour s’adresser à plusieurs ambassades occidentales à Kampala en mars 2024 pour contester les sanctions imposées aux dirigeants du M23 et susciter de la sympathie pour la cause de l’AFC/M23», écrivent les experts de l’ONU.

Mettre fin à la collaboration

Ce dernier a également démenti. «En tant que journaliste, chroniqueur de journal, animateur d’émissions de radio, panéliste d’émissions de télévision, personnalité des médias sociaux et propriétaire d’une entreprise de médias, j’étais intéressé. Mon travail et mes opinions nécessitent la collecte d’informations provenant de sources primaires. Je parle à des personnes de tous horizons pour m’informer. J’étais donc très désireux de parler aux dirigeants du M23 pour entendre leurs histoires», a déclaré Andrew Mwenda à nos confrères du quotidien ougandais The Monitor, en réaction aux révélations du groupe d’experts de l’ONU.

M. Mwenda a ajouté : «Je les ai rencontrés vers le 11 mars à mon bureau. Parmi eux, Lawrence Kanyuka, Désiré Rwigyema et une troisième personne dont je ne me souviens plus du nom. J’ai toujours pensé que le M23 était une milice ethnique tutsie de l’est de la RDC. A ma grande surprise, Kanyuka m’a dit qu’il était de l’ethnie Luba, tout comme le président Felix Tshisekedi. Ils m’ont donné une liste de leurs dirigeants politiques et militaires, dont la plupart n’étaient pas Tutsis. En fait, l’un d’eux est un Congolais hutu. J’étais étonné».

«J’ai été choqué, mais pas surpris, que le même ‘‘groupe d’experts’’ ait produit un rapport répétant leurs allégations initiales sans aucune référence à mon explication. Ils me qualifient délibérément de ‘‘personnalité publique’’, ignorant le fait que je suis journaliste… Au lieu de cela, ils ont dit que je travaillais comme agent de liaison entre Kigali et Kampala, ce que j’ai fait pour la dernière fois en 2018», a écrit Andrew Mwenda dans sa chronique dans l’édition de ce jeudi 13 juin du magazine The Independent.

L’Ouganda mène depuis novembre 2021 une offensive militaire conjointe baptisée ‘‘Opération Shujaa’’ avec l’armée congolaise, les FARDC, contre les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe terroriste islamiste affilié à l’Etat islamique, qui opère dans les provinces du Nord Kivu et de l’Ituri. Le gouvernement congolais souhaite mettre discrètement fin à cette collaboration.

Rica MITSH, depuis Nairobi