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RDC-Zambie : comment Julien Paluku a réussi le défi de la réouverture des frontières

Le ministres zambien du Commerce et Industrie, Chipoka Mulenga, avec son homologue congolais du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, à l’issue de la réunion bipartite de LubumbashiPhoto : Droits tiers

La République démocratique du Congo (RDC) a imposé une interdiction de douze mois sur l’importation de bière, de boissons gazeuses, de citrons verts, de faïences et de tuiles en provenance de Zambie. Le ministre du Commerce extérieur congolais, Julien Paluku Kahongya, a défendu cette interdiction, citant son objectif de réduire les taxes à l’importation, de protéger les entreprises locales, d’augmenter leur production et de lutter contre la fraude à l’importation répandue dans les postes frontières de la RDC. «Si ces produits parviennent en RDC, ils seront restitués ou détruits aux frais du contrevenant», fait-on savoir au ministère du Commerce extérieur. Les nerfs à fleur de peau, la Zambie a réagi en fermant ses trois frontières avec la RDC le lundi 12 août, provoquant, du coup, une grave crise entre les deux pays.

A Kinshasa comme à Lusaka, on a pris la mesure de la gravité de la situation. C’est ainsi qu’une réunion est organisée dès mardi 13 août à Lubumbashi entre les gouvernements congolais et zambien. Côté congolais, c’est Julien Paluku Kahongya qui est chargé de négocier avec son homologue zambien, Chipoka Mulenga. Il faut dire que l’enjeu est de taille. La Zambie est un important pays de transit pour les exportations minières de la RDC, premier producteur mondiale du coblat et deuxième de cuivre depuis 2023. Les deux pays sont membres du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa) et de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Cependant, la RDC ne participe pas aux accords de libre-échange des deux organisations régionale et sous-régionale.

A la place, la RDC et la Zambie travaillent dans le cadre d’un accord commercial conclu le 6 août 2015. Et Julien Paluku fait valoir que, en vertu de cet accord, chaque signataire a le droit de «prendre des mesures de sauvegarde à l’égard d’un produit à condition qu’il cause ou menace de causer un préjudice grave à l’industrie nationale produisant des produits similaires ou directement concurrents».

Argumentaire béton

Le ministre du Commerce extérieur soutient face à la délégation zambienne que le gouvernement de la RDC était dans son droit, consacré par l’accord, de restreindre l’entrée des produits cités sur ses marchés. Pour Julien Paluku, la RDC a agi pour se protéger du fait de devenir un dépotoir de marchandises susceptibles d’être «subventionnées ou vendues à un prix si bas qu’elles pourraient porter préjudice à l’industrie locale».

Faisant feu de tout bois, il a rappelé que, selon l’accord commercial, la Zambie était censée déposer une plainte écrite, mais elle a, au lieu de cela, fermé les postes frontières de Kasumbalesa, Sakania et Mokambo.

Face à cet argumentaire béton, le gouvernement zambien a reculé, et promis de rouvrir sans condition toutes les frontières fermées dès le matin de ce mardi 14 août afin de permettre la libre circulation des personnes et des marchandises. Il s’engage également à traquer le fractionnement des marchandises qui transitent sur le sol en direction de la RDC. Selon un correspondent à Kasumbalesa, la réouverture des frontières est effective, puisque l’on a enregistré la reprise du trafic entre les deux pays.

L’excellence des relations

En contrepartie, la RDC, qui a arraché la révisitation de l’accord commercial bilatéral de 2015 dans les prochains jours, s’est engagée à autoriser l’entrée sur son sol des marchandises visées par les mesures de sauvegarde dont la procédure d’importation avait été engagée avant la publication desdites mesures. Elle accorde une dérogation spéciale de 30 jours à dater de ce lundi 13 août, à tous les opérateurs économiques concernés par l’importation des produits zambiens concernés par l’arrêté du ministre du Commerce extérieur. Cependant, Julien Paluku a veillé à ce que n’entre pas dans le champ d’application des présentes mesures de sauvegarde toute importation effectuée conformément aux accords commerciaux bilatéraux. 

En cas de nécessité d’approvisionnement dans les parties du territoire national où les consommateurs ont un accès difficile aux produits locaux concernés par les mesures de sauvegarde, les opérateurs économiques peuvent bénéficier d’une dérogation d’importation accordée par le Ministre ayant le Commerce Extérieur dans ses attributions.

A l’issue de la réunion bilatérale ministérielle entre ces deux pays, les deux délégations ont réitéré la détermination de leurs Chefs d’État respectifs, notamment Félix Tshisekedi de la RDC et  Hakainde Hichilema de Zambie pour l’excellence des relations entre les deux pays.

Investir dans l’agriculture

L’occasion faisant le larron, le ministre du Commerce extérieur s’est entretenu avec les milieux d’affaires de l’espace Grand Katanga. Au cours d’une réunion stratégique avec les membres de la Fédération des entreprises du Congo, FEC, section Haut Katanga, il les a ainsi invités à investir suffisamment dans l’agriculture, car ils seront bénéficiaires des subventions de l’Etat, l’objectif étant d’en finir avec la crise relative à la pénurie ou rareté de maïs dans les espaces grand Katanga et grand Kasaï pour ainsi devenir indépendant des pays voisins, dont la Zambie.

Saluant le management avec lequel le gouvernement a résolu rapidement la crise commerciale avec la Zambie, la FEC grand Katanga va dans les heures qui suivent déposer au cabinet du Ministre un mémorandum avec une série de propositions des facilités à solliciter auprès du gouvernement pour ainsi booster l’agriculture dans cette partie du pays a fait entendre Patrick Muland Kabey, Président de la FEC-Haut-Katanga.

Rica MITSH