La délégation de la CENCO et de l’ECC continue son périple pour la consultation des acteurs impliqués dans la guerre en cours dans la partie orientale de la RDC, mais aussi des responsables politiques étrangers qui peuvent influer sur la fin du conflit. Ce mercredi 19 février 2025, elle a ainsi conféré avec le président du Kenya William Ruto à Nairobi. Ce matin du jeudi 20 février 2025, Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO et l’un des porte-parole de la délégation, était l’invité Afrique de RFI. Nous retranscrivons son interview réalisée par notre consœur Liza Fabian.
La semaine dernière à Goma, vous avez rencontré Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC/M23. Après cette rencontre, ses troupes, appuyées par l’armée rwandaise, se sont emparé de Bukavu. Etait-il utile de le rencontrer ?
Oui, nous estimons que c’était très utile de le rencontrer, parce que pour nous, la solution militaire n’en est pas une, l’idéal serait que les Congolais s’assoient autour d’une table et qu’ils trouvent un consensus national autour de leurs différends, plutôt que de s’engager dans une voie qui fait autant de morts, des pertes non seulement en vies humaines mais aussi en infrastructures nécessaires pour le développement du pays.
Alors pouvez-vous nous en dire plus sur le bilan que vous tirez de vos échanges avec Corneille Nangaa ?
Nous sommes allés le convaincre de la nécessité d’un dialogue, et ils ont été ouverts à l’initiative, ils ont promis d’envoyer leur cahier de charge assortie de conditions pour qu’ils participent à ce dialogue. Pour nous c’est une ouverture. Et c’est la même démarche que nous avons entreprise auprès des autres acteurs socio-politiques du pays pour le même objectif. Evidemment, on aurait souhaité que l’on puisse arrêter les combats sur le terrain. Ça nous inquiète qu’on continue de se battre, et qu’à Kinshasa, il y a encore des voix qui parlent en termes de résistance, en termes militaires. Ça, nous le décourageons. Pour arriver à une solution politique comme nous le proposons, il faut des signaux de part et d’autre, il faut vraiment un engagement formel et de la part du M23 et de la part de Kinshasa. Il ne faudra pas que le M23 pense que notre démarche c’est pour laisser à l’autre camp le temps de s’organiser. Il ne faudra pas que de l’autre côté, de Kinshasa, on considère les négociations comme une faiblesse. Non, la guerre n’est pas une solution pour nous.
Vous avez également rencontré dans la foulée le président rwandais Paul Kagame. Qu’avez-vous tiré de cette rencontre, pouvez-vous nous en dire plus ?
Bon, d’abord, l’écoute, il nous a écouté, il nous a donné suffisamment de temps, il a encouragé l’initiative, surtout qu’elle est pastorale pour apprendre pour reprendre ses mots, là où les politiciens ne sont pas parvenus à trouver la solution. Il a promis son implication à tout ce qui va dans le sens du dialogue, et son soutien pour qu’on en finisse avec ce conflit. Nous allons proposer quelque chose en tenant compte et de la réalité et des avis des uns et des autres. C’est à ce moment là que nous verrons les vraies intentions des uns et des autres.
Mais vous, votre souhait c’est de pouvoir organiser une rencontre qui intégrerait l’AFC/M23 ?
Absolument, car c’est une partie du problème aussi, on ne peut pas le mettre de côté. Corneille Nangaa et les autres sont des congolais, ils ont pris des armes, ils doivent expliquer aux autres congolais que nous sommes pourquoi. Et les autres congolais doivent voir avec eux qu’est-ce qu’il faut pour trouver des solutions sans la guerre.
Mgr Donatien Nshole, les représentants de la CENCO et de l’ECC ont aussi échangé avec le chef de l’Etat kenyan William Ruto, il est aussi le président en exercice de l’EAC. Comment votre initiative s’intègre-t-elle dans la dynamique sous-régionale et comment s’articule-t-elle avec les processus de Luanda et de Nairobi ?
C’était ça d’ailleurs l’objet de la rencontre parce que au niveau national, nous espérons, avec la bonne volonté des acteurs politiques, arriver à un consensus qui sera la vox du Congo par rapport à la gouvernance interne, mais aussi par rapport aux relations avec les voisins. Pour cela, la dynamique nationale a besoin de l’appui de la sous-région. Donc, concrètement, après le consensus qui sera dégagé, ce ne sera plus la voix du président Tshisekedi qui sera entendue, mais la voix des Congolais unis. Cela aura un autre poids. Et la communauté sous-régionale devra en tenir compte, et voir comment intégrer ça dans les pourparlers de la sous-région. L’idéal pour nous c’est d’obtenir une conférence internationale pour la paix en RDC et dans les Grands lacs.







