Le procès des agents commis à la garde de la Première ministre suite au meurtre de l’agent de police de circulation routière Fiston Kabeya a repris ce mardi 15 avril à l’auditorat militaire. Face aux témoignages des accusés tendant à présenter le défunt une personne ivre sans trop bien expliquer ce que cela avait à voir le fait de revenir sur les lieux pour le passer à tabac, un autre policier qui était chef de poste ce jour fatidique a présenté les faits tels qu’ils se sont passés. Selon lui, les gardes de Mme Judith Suminwa, commandés par un major de la police, sont revenus récupérer le policier Kabeya et se sont mis à le tabasser dans leur pick-up. Ils l’ont acheminé à l’auditorat situé à côté de la primature. C’est là qu’il est décédé.
Tout ce drame a eu lieu parce que la cheffe du gouvernement trouve mieux de rouler en sens interdit sur les boulevards de la ville, violant de ce fait la loi en la matière, à savoir le code de la route. En attendant que justice soit rendue, il reste que la responsabilité entière de Mme Judith Suminwa est pleinement engagée. Elle devrait donc démissionner, et cela servira de précédent à toutes ces autres autorités qui ont transformé la ville en Far West sans foi ni loi de la circulation routière, avec des véhicules aux plaques bâchées, et roulant à vive allure à contre-sens comme dans un mauvais film Hollywoodien.
Devant le tollé qu’a provoqué ce crime dans l’opinion publique, la Première ministre n’a pas trouvé mieux que de publier un communiqué fans lequel elle indique que les enquêtes se poursuivent pour établir les responsabilités. Mais cela ne suffit pas : la première responsable, c’est bien elle. Mme Suminwa, qui a vécu la majeure partie de sa vie en Belgique, n’ignore pas ce qu’implique la responsabilité politique dans l’action publique. «Si elle a longuement vécu en Belgique, c’est aussi pour en assimiler les codes de gouvernance moderne», affirme un observateur. Qui rappelle le précédent Tobbak : quand sa responsabilité politique est engagée, on rend le tablier. Tout simplement. C’est le sens éthique de la gouvernance démocratique.
Le 22 septembre 1998, des gendarmes belges ramènent de force Sémira Adamu, une jeune femme nigériane de 20 ans, déboutée du droit d’asile, dans un avion à destination du Togo. Comme la jeune femme se débat pour s’opposer à son expulsion, les deux gendarmes décident de la faire taire en appuyant de manière soutenue un oreillet sur son visage. L’oreillet l’étouffe et elle meurt sur le champ. Le décès de la jeune femme a un retentissement considérable en Belgique.
Démission impérative
Même s’il n’était pas dans l’avion, même si ce n’est pas lui qui avait ordonné l’étouffement à l’oreillet de la jeune femme par les gendarmes, le ministre de l’Intérieur du royaume de Belgique, Louis Tobback, démissionna deux jours plus tard. Et pour cause : «J’assume la responsabilité d’un acte qui a été commis par un service qui se trouve sous ma responsabilité», affirma-t-il.
Alors, à plus forte raison une première ministre censée prêcher par l’exemple le respect de la loi, mais se plaît à renverser les normes de la circulation routière tranquillement assise sur la banquette arrière de sa grosse cylindrée, et dont les gardes finissent par tuer un policier innocent, a une plus grande responsabilité.
Dans le pays, la clameur monte. Sur les réseaux, la colère gronde contre Judith Suminwa. «Eux font arrêter injustement des agents de l’ordre avec des conséquences irréparables et, pire, sans le moindre remord de conscience avec l’impudence de nous refuser le droit citoyen à l’indignation, à la désapprobation et à la dénonciation !», s’insurge le prof de Droit et ancien député Sam Bokolombe.
Dans un registre plus virulent, Maître Jackson Kalonji, avocat, écrit sur sa page Facebook : «Laisser son cortège emprunter le sens unique est un acte éloquemment incivique, un encouragement à ses chauffeurs et policiers de sécurité de se comporter en hors-la-loi, en marginaux, à violer le code de la route». Et d’ajouter, s’adressant aux défenseurs de la première ministre : «Arrêtez donc de tenter stupidement de nous accuser, nous qui nous indignons de cet incivisme qui est à l’origine de la mort du Policier Fiston Kabeya Nsenda de faire le jeu des rwandais et/ou des ennemis de Madame la Première Ministre Sumwina Judith dans la classe politique congolaise. Il s’agit d’un argument insensé, ubuesque, fou, extravagant, déraisonnable, loufoque, ridicule qui dénote la sottise que développent des gens sans cœur, inhumains, inconscients, aveugles, larbins, flatteurs, énergumènes, louangeurs, laudateurs, manipulateurs pour taire toute indignation face à la mort tragique et atroce de notre compatriote, le policier Kabeya Nsenda Fiston. JUSTICE POUR FISTON KABEYA NSENDA !».
Avant de conclure : «Maître Pappaa Tshikaya a donc raison sur toute la ligne de dire que Madame Sumwina Judith doit impérativement déposer sa démission pour faciliter l’enquête en son encontre en vertu des articles 21 et 22 de notre code pénal sinon le parlement doit se saisir d’office de son cas. Il n’est permis à personne même à la Première ministre en République Démocratique du Congo de rouler à contre sens, et porter atteinte à la vie humaine qui est sacrée…dura lex sed lex, le sang de Fiston crie vengeance…».
Aristote KAJIBWAMI







