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Semaine de l’Énergie 2025 : la SNEL revendique ses avancées et trace la voie de la souveraineté électrique

La deuxième édition de la Semaine de l’Énergie s’est ouverte à la salle La Perle de Sainte-Anne avec un message fort : l’heure n’est plus aux intentions, mais aux transformations concrètes. Dans ce rendez-vous stratégique, la Société nationale d’électricité (SNEL SA) s’est affirmée comme le pilier d’une transition énergétique ambitieuse, mais semée d’embûches.

Un secteur sous tension, une entreprise en alerte

Dans un contexte marqué par un sous-financement chronique, une croissance démographique galopante et des défis structurels majeurs, la SNEL a livré un état des lieux sans fard. Son Directeur général, Fabrice Lusinde, a dénoncé un déséquilibre devenu intenable : « Nous contribuons régulièrement au Trésor, mais ne sommes pas protégés par l’autorité de régulation pour recouvrer nos créances », a-t-il déclaré.

En 2024, la SNEL a versé 100,3 millions USD à l’État, contre 70,8 millions en 2023. Pourtant, l’État lui doit aujourd’hui 278 millions USD, les entreprises publiques 70 millions et les provinces 60 millions. À cela s’ajoute un fait alarmant : plus de 30 % de l’électricité produite est consommée sans aucun paiement.

Endettement massif et capacité réduite

La dette totale de la SNEL s’élève à 3 milliards USD, faisant de l’entreprise le deuxième débiteur national après l’État lui-même. Et si elle a contracté 2200 mégawatts (MW) pour ses clients, elle n’en fournit effectivement que la moitié, à peine 1100 MW.

Des résultats tangibles malgré les contraintes

Mais au-delà des difficultés, la SNEL met en avant une dynamique nouvelle, traduite par des avancées concrètes sur le terrain :

  • 100 000 nouveaux clients raccordés, impactant 1 million de Congolais
  • 927 techniciens recrutés, renforçant le capital humain
  • Digitalisation accélérée : SNEL & Moi, SNELBOX, Blue Energy
  • Fin de la facturation forfaitaire
  • Recettes exceptionnelles en éclairage public :
    • Kinshasa : 6,8 milliards CDFLubumbashi : 7,1 milliards CDF
    • Kolwezi : 15,9 milliards CDF
  • 14,1 millions USD investis dans l’électrification rurale

« La SNEL change de cap. Le message est clair : la SNEL veut rompre avec la lenteur administrative et les promesses non tenues. Et elle le fait avec des actes », a renchérit M. Lusinde. »

Une couverture nationale renforcée

Des chantiers de grande envergure ont été lancés d’est en ouest du pays :

  • Production : Inga 2 G23 (+40 MW), Nseke G2 (+65 MW), Inga 1 G16 (+55 MW), Tshopo G1 (+6 MW), Inga 2 G25 (+190 MW)
  • Transport : Inga–Kolwezi porté à 800 MW, nouvelles lignes Kibula–Kamina
  • Distribution : fourniture 24h/24 dans des villes comme Mbuji-Mayi, Kisangani, Kolwezi, Katogota…
  • Service client : 60 nouvelles cabines MT à Kinshasa Nord, modernisation des postes Funa et Liminga

Un modèle à réinventer face aux défis internes

Malgré ces efforts, la SNEL reste confrontée à une pression sociale et organisationnelle importante :

  • 15 000 journaliers non régularisés
  • Un ratio déséquilibré de 3 agents par cadre
  • Urbanisation sauvage menaçant les installations

Elle appelle également à renégocier les contrats de livraison de 2200 MW, jugés irréalistes au vu de ses capacités réelles.

Régulation, justice et équité

La Directrice générale de lAutorité de Régulation de l’Électricité (ARE), Sandra Mubenga, a rappelé que la stabilité du secteur repose sur un marché équitable, protégé par une régulation cohérente. Son adjoint, Marc Kuyu, a plaidé pour un cadre juridique renforcé au service des producteurs.

L’électrification, clé de l’indépendance économique

Pour la SNEL, l’électricité est le socle de toute industrie. Elle dénonce la dépendance au bois-énergie, qui coûte 4 milliards USD par an à la RDC, et freine la transformation économique du pays.

Elle appelle à des investissements massifs :

  • 400 millions USD pour la formation du capital humain
  • 600 millions USD pour exploiter le potentiel hydroélectrique du bassin du Congo

Trois richesses nationales en jachère

Selon le DG Lusinde, la RDC détient trois leviers puissants, encore sous-exploités :

  1. Un capital humain abondant mais insuffisamment formé
  2. Des minerais stratégiques bradés à l’exportation
  3. Un potentiel hydroélectrique exceptionnel, en péril écologique

« Sans électricité, sans formation, nos minerais ne feront qu’alimenter des trous dans nos sols… et nos esprits. »

Une SNEL en mutation, et un appel à l’action

À travers cette Semaine de l’Énergie organisée par l’ARE, la SNEL s’est montrée lucide, combative et résolument tournée vers l’avenir. Elle réclame non seulement des réformes, mais aussi un engagement national à la hauteur des défis. L’avenir énergétique du Congo se joue maintenant.

B.M.