ECONOMIE Cuivre : marché mondial sous haute tension, stocks en chute libre et backwardation...

Cuivre : marché mondial sous haute tension, stocks en chute libre et backwardation record, à Kinshasa on se lèche les babines

Londres — Le cuivre fait face à une pression sans précédent sur les marchés mondiaux alors que les stocks disponibles au London Metal Exchange (LME) s’effondrent et que les signaux d’un resserrement de l’offre se multiplient. Résultat : une backwardation –  situation de marché où le prix d’un actif à terme est inférieur à son prix au comptant actuel –  historique, alimentée par des spéculations tarifaires américaines et une crise d’approvisionnement dans les fonderies asiatiques.

Lundi, le cuivre au comptant s’échangeait avec une prime de 345 dollars la tonne par rapport au contrat à trois mois – un écart inédit depuis la flambée de 2021. Ce phénomène de backwardation, où le prix immédiat dépasse largement celui des échéances futures, reflète un net déséquilibre entre l’offre et la demande à court terme.

Stocks en chute et ruée vers les États-Unis

Les réserves de cuivre physiquement disponibles sur le LME ont fondu de près de 80 % depuis le début de l’année, ne couvrant désormais qu’une journée de consommation mondiale. Cette raréfaction s’explique en partie par un afflux massif de métal vers les États-Unis, où les opérateurs anticipent l’imposition prochaine de droits de douane.

En février, le président Donald Trump a demandé au Département du Commerce de déterminer la nécessité de taxer les importations de cuivre. En réponse, les flux vers le marché américain ont explosé : les importations ont dépassé les 200 000 tonnes en avril, un record depuis plus de dix ans.

Fonderies chinoises à bout de souffle

En Chine, les fonderies sont confrontées à une pénurie sévère de concentrés de cuivre. Dans un revirement inédit, certaines ont même payé les compagnies minières pour transformer elles-mêmes les concentrés en cuivre raffiné. Les frais de traitement et de raffinage (TC/RC) sont tombés respectivement à 45 dollars la tonne et -4,5 cents la livre, selon Benchmark Mineral Intelligence — des niveaux qui signalent une crise profonde dans la chaîne de production.

Le LME tente de contenir la flambée

Pour calmer les tensions, le LME a introduit des mesures ciblant les positions dominantes. Les traders contrôlant plus de 50 % des stocks disponibles doivent désormais prêter leur cuivre à un taux plafonné via le spread Tom/Next. Lundi, ce plafond était estimé à 49,73 dollars la tonne, mais l’écart a brièvement atteint 69 dollars, suggérant que la compression actuelle est le fruit d’achats massifs et dispersés, et non de manipulations individuelles.

Une crise structurelle, pas conjoncturelle

Fait notable, cette tension ne se limite plus aux contrats à court terme. Des déports sont désormais visibles jusqu’en juin 2026, un retournement complet par rapport à l’automne dernier, où les prix à terme indiquaient encore une offre confortable.

Sur le COMEX américain, le cuivre pour livraison en juillet a légèrement reculé lundi, à 4,83 dollars la livre (soit 10 626 dollars la tonne), illustrant la volatilité persistante.

Devenue la deuxième productrice mondiale de cuivre après avoir supplanté le Pérou l’an dernier, la RDC se lèche volontiers les babines, et espère tirer profit de la situation acec la flambée des prix qui s’annonce.

Mbuta MAKIESSE