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Kasaï oriental : Boya en péril, Fwamba bloque les fonds, la centrale de Tubi Tubidi menacée

Paralysie volontaire ou négligence criminelle ? Dans le territoire de Miabi, à 45 km de Mbuji-Mayi, la gigantesque érosion du ravin de Boya menace d’engloutir une cité de 20 000 habitants et la centrale hydroélectrique de Tubi Tubidi. Alors que les travaux de stabilisation avaient enfin commencé, le ministre des Finances Doudou Fwamba a décidé de bloquer les fonds restants. Résultat : les machines sont à l’arrêt, et la catastrophe s’annonce.

Un désastre qui couve depuis 2007

Le ravin de Boya n’est pas une érosion ordinaire. Long de plusieurs kilomètres, il a déjà éventré la cité, détruit routes, marchés, accès aux mines et aux sources d’eau, et isolé une population jadis prospère. Sous le régime Kabila, la région, jugée frondeuse, avait été abandonnée. Mais avec l’arrivée de Félix Tshisekedi et du gouvernement Sama Lukonde, l’espoir renaît : le BCECO lance les travaux d’urgence, confiés à l’entreprise congolaise Groupe K, dirigée par Bopaul Katumbayi Kalambayi Kampo.

Montant estimé : 6 millions de dollars. L’entreprise fourni une garantie bancaire de 2 millions $ comme l’exige la loi, et elle reçoit un premier paiement de 1 million est décaissé par l’ex-ministre des Finances, Nicolas Kazadi, permettant aux travaux de démarrer. L’entrepreneur engage des travaux pour 2 millions de dollars.

Mai 2024 : le coup d’arrêt brutal

Mais tout s’effondre avec l’arrivée de Doudou Fwamba à la tête des Finances. L’entreprise demande le paiement des travaux effectués et validés pour 2 millions et elle sollicite également 1 million de dollars au titre d’avance contractuelle pour la poursuite des travaux. Ce montant  de 3 millions USD, pourtant inscrit dans les engagements de l’État, est gelé. Les travaux s’interrompent. Et le ravin, inexorable, continue de ronger la terre.

À l’approche des pluies, la panique gagne les habitants. Placide Lufuluabo, président de la société civile locale, tire la sonnette d’alarme :

« Ce ravin menace non seulement de couper définitivement Boya du reste du territoire, mais aussi de détruire le barrage de Tubi Tubidi, pilier de l’alimentation électrique de toute la région. »

Une menace régionale ignorée

Le danger dépasse Boya. Si la centrale de Tubi Tubidi cède, Miabi, Kabeya Kamwanga, la SACIM et même Mbuji-Mayi seront privés d’électricité. Toute l’économie régionale en pâtirait, sans parler des milliers d’habitations longeant le ravin qui sont directement menacées.

Pourquoi alors bloquer les fonds ? Plusieurs sources avancent une raison politique :

« Pour Fwamba, débloquer les fonds, c’est donner un avantage à Kazadi. »

Une logique de revanche personnelle inouïe, qui met en péril des vies humaines et l’avenir d’une région.

Une entreprise étranglée, l’État perdant

L’entreprise Groupe K, partenaire de longue date de l’État, est aujourd’hui asphyxiée : salaires impayés, machines immobilisées, remblais fragilisés. Le coût des travaux va exploser si rien n’est fait avant la saison des pluies.

Plus grave encore : la RDC perd l’occasion de montrer qu’elle sait récompenser les efforts nationaux.

Un cas parmi d’autres : la route Kisangani–Beni également gelée par Fwamba

Boya n’est pas un cas isolé. La route Kisangani–Beni, projet de 750 km cofinancé par Eximbank China et amorcé par Kazadi, subit le même sort. En octobre 2023, 30 millions USD avaient été débloqués pour démarrer les travaux. Depuis l’arrivée de Fwamba, tout est à l’arrêt. Un chantier vital pour désenclaver le Nord-Est, victime d’un manque de volonté coupable, alors que d’autres priorités étonnantes sont constatées, comme le paiement en procédure d’urgence de 44 millions de dollars aux Clubs de Football de Monaco et de Barcelone.

Sortir de la politique de l’émotion

La République démocratique du Congo ne peut plus se permettre une gouvernance fondée sur les ressentiments. Le cas de Boya est un symbole de plus d’une gestion punitive, où l’émotion l’emporte sur la raison, et où l’hostilité politique prime sur l’intérêt général.

Il est temps de rappeler l’essentiel : sauver des vies, préserver les infrastructures, et tenir les promesses de l’État.

À Boya, le temps presse. Le silence, lui, tue.

B.M.