Le couple Marcello et Blanche Tunasi|Photo : Droits tiers
Marcello Tunasi fait partie de cette nouvelle génération de pasteurs qui prolifèrent à Kinshasa, souvent sans que l’on sache s’ils sont mus par une réelle vocation spirituelle ou par l’appât du gain. Dans un contexte de chômage endémique et de désillusion sociale, les églises dites de ‘‘réveil’’ apparaissent comme une solution miracle pour des pasteurs autoproclamés, généralement sans formation théologique, pour passer d’une misère accablante à une opulence ostentatoire. Pour capter l’attention, Marcello Tunasi n’hésite pas à faire le buzz, multipliant les déclarations provocatrices. Un jour, il qualifie l’Église catholique de « salle d’attente pour aller en enfer » ; un autre, il s’en prend ouvertement à des figures culturelles populaires comme Papa Wemba et Kester Emeneya, accusant le premier d’avoir corrompu la jeunesse congolaise, et le second d’avoir inculqué l’ingratitude au peuple. Autant de sorties médiatiques qui ont provoqué la colère de l’opinion.
Mais s’il est aujourd’hui sous les feux des projecteurs, c’est pour une affaire d’une autre nature. Le décès de Blanche Kandolo, son épouse, continue de susciter de vives interrogations au sein de l’opinion publique congolaise. Malgré les multiples prises de parole de ce pasteur, certaines incohérences et mystères demeurent autour des circonstances de cette disparition, plongeant fidèles et observateurs dans une perplexité persistante. Retour sur une affaire sensible qui mérite, selon plusieurs voix, plus de transparence.
La famille Kandolo contre-attaque et rejette la version de M. Tunasi
Dans un communiqué publié ce lundi 4 août 2025, la famille paternelle de Blanche Kandolo Odia a exprimé son profond désarroi face aux zones d’ombre entourant le décès de leur fille. Elle affirme avoir appris la nouvelle de sa mort sur les réseaux sociaux, comme le grand public, sans avoir été préalablement informée. La rapidité avec laquelle le corps a été rapatrié, sans qu’elle ait eu la possibilité de l’examiner, suscite de fortes suspicions au sein de la famille, qui y voit une tentative manifeste de dissimuler la vérité.
La famille Kandolo rejette la version des faits présentée par le pasteur Marcello Tunasi, époux de la défunte, jugeant ses propos incohérents et contradictoires par rapport à ses premières déclarations. Elle estime qu’une enquête approfondie est nécessaire pour faire toute la lumière sur les circonstances du drame, et se réserve le droit de porter l’affaire devant les autorités compétentes.
Par ailleurs, elle se dit profondément choquée par certaines déclarations du pasteur, notamment celles liées à l’héritage et aux commentaires faits après le décès de Blanche. Un point de presse est annoncé dans les prochains jours, au cours duquel les représentants de la famille Kandolo apporteront davantage d’éléments sur cette affaire troublante.
Une annonce soudaine et un rapatriement express
Tout commence le mercredi 12 juin 2024 à 11h, lorsque la page officielle de l’Église La Compassion annonce le décès de « Maman Blanche » en Turquie. Quelques minutes plus tard, le pasteur Marcello Tunasi confirme lui-même la nouvelle sur ses réseaux sociaux. Mais la surprise vient dans la soirée : l’église informe que le corps de la défunte est déjà dans l’avion pour Kinshasa, attendu à 23h le même jour à l’aéroport de Ndjili.
Cette précipitation interroge. Comment un décès annoncé le matin peut-il donner lieu, le soir même, à un rapatriement international, alors même que la Turquie est réputée pour ses procédures administratives rigoureuses en matière de décès ? Le pasteur a répondu à cette question ce 4 août, en expliquant que « grâce à [son] argent et [ses] relations », les démarches auraient été facilitées. Une justification qui, pour certains, ne suffit pas à dissiper les doutes, tant l’exploit paraît peu plausible aux yeux des spécialistes des procédures consulaires.
Le lion blessé : un message crypté ?
Un autre élément troublant précède l’annonce du décès. La veille, mardi 11 juin, le pasteur Marcello publie une image symbolique sur ses réseaux : un lion blessé entouré de quatre lionceaux. À ce moment-là, Blanche Tunasi serait déjà décédée. Cette publication serait-elle une façon détournée d’annoncer la nouvelle, ou un geste de communication calculé pour préparer l’opinion ? Beaucoup s’interrogent sur la symbolique et le timing de ce message.
Des questions qui restent sans réponse
Malgré ces ajustements, plusieurs zones d’ombre demeurent :
- Pourquoi le pasteur Marcello a-t-il gardé le silence pendant deux jours après le décès ? Était-ce par stratégie, foi ou par volonté de contrôler la narration ?
- Pourquoi une fausse date de décès a-t-elle été annoncée dans un premier temps ?
- Pourquoi aucun membre de la famille biologique de Blanche Tunasi n’a-t-il vu la dépouille ? Le cercueil, hermétiquement scellé, est resté inaccessible du rapatriement jusqu’à l’inhumation, empêchant tout dernier hommage visuel.
Des incohérences dans les versions du pasteur
Ce dimanche 3 août 2025 matin, Marcello Tunasi a livré une nouvelle version des faits, affirmant qu’il aurait immédiatement demandé le rapatriement du corps, sans passer la nuit en Turquie, avec l’aide des médecins. Pourtant, dans un précédent discours au stade Tata Raphaël, il déclarait être resté deux jours à la morgue à prier, espérant une résurrection.
Autre contradiction notable : les causes exactes du décès. Tour à tour évoquées comme une crise cardiaque, une opération de la gorge ou encore une intervention esthétique (BBL), les versions se contredisent. Lors des funérailles, le pasteur indiquait que sa femme n’avait jamais repris connaissance après une opération mineure qui avait duré trop longtemps. Plus récemment, il affirmait qu’elle lui avait demandé de prier pour elle, avant de mourir dans ses bras, un récit différent du précédent.
Une attente de vérité, pas un procès d’intention
Loin d’une volonté de diffamer ou de salir la mémoire d’une femme aimée et respectée, ces interrogations traduisent le besoin légitime de comprendre. La gestion opaque de cette tragédie par l’Église La Compassion et la communication parfois vacillante du pasteur Marcello nourrissent les spéculations et renforcent les doutes.
Le peuple mérite la vérité, même lorsqu’elle dérange. Le silence, les contradictions et les zones d’ombre ne font qu’alimenter les rumeurs. Il revient désormais au pasteur Marcello de répondre clairement aux préoccupations soulevées pour tourner cette page avec dignité et clarté.
Le silence trouble autant que le mensonge. Et la vérité, seule, peut apaiser les cœurs.
Des révélations accablantes qui ternissent davantage l’image du pasteur
Dans ce contexte, la diffusion de plusieurs enregistrements audio de conversations entre Blanche Tunasi et sa mère n’a fait qu’écorner davantage l’image du pasteur. Ces échanges révèlent le désarroi d’une épouse malheureuse, humiliée par sa belle-famille qui la traite de prostituée, accablée par des accusations infondées d’infidélité, et profondément blessée par le silence ou l’indifférence d’un mari qui semble avoir pris fait et cause pour ses parents.
Rica MITSH







