Dans un entretien à cœur ouvert qu’il a accordé à Willy Kalengayi, ADG du groupe de presse Géopolis, et Belhar Mbuyi, directeur du journal en ligne Finance-cd.com, le Gouverneur du Kasaï Oriental, Jean Paul Mbuebua Kapo revient sur les défis et les espoirs d’une province en pleine reconstruction. Entre rigueur, foi en l’action locale et confiance en l’œuvre du chef de l’Etat, il livre sa vision d’un Kasaï Oriental qui se relève, pas à pas, par la volonté de ses filles et fils et l’action du président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo. Serein mais déterminé, M. Mbuebua parle de sa province comme d’une maison qu’il faut rebâtir avec patience et amour. À travers ses mots, on découvre un homme attaché à sa terre, conscient des obstacles, mais convaincu que le Kasaï Oriental peut redevenir une fierté nationale grâce à la discipline et à l’unité. Face aux attentes d’une population avide de changement, le Gouverneur Jean Paul Mbuebua Kapo dresse un bilan lucide de son action et partage sa méthode : restaurer la confiance, valoriser le travail et miser sur les forces locales. Un entretien sans langue de bois sur les priorités d’un dirigeant tourné vers le concret. Longtemps fragilisé par les crises et la précarité, le Kasaï Oriental veut écrire une nouvelle page de son histoire. Son Gouverneur incarne cette volonté de renaissance, portée par une philosophie simple : croire en soi, agir avec les moyens du bord et refuser la fatalité. Ci-après l’intégralité de l’entretien.
Monsieur le gouverneur, pour commencer, qui est Jean-Paul Mbuebua Kapo ?
Je suis un citoyen congolais, membre de l’UDPS, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social, depuis 1987. J’y ai fait tout mon parcours, de la base jusqu’à la présidence fédérale de Mbuji-Mayi. Après de longues années de lutte, j’ai été élu député provincial en 2023, puis gouverneur du Kasaï oriental. C’est une charge exigeante, mais j’y vois avant tout une mission au service de ma province et de mon peuple.
Vous arrivez à la tête d’une province qui semble renaître. On sent un vrai changement à Mbuji-Mayi. Que se passe-t-il concrètement ?
Ce n’est pas un miracle, c’est le fruit de l’amour du pays et du travail collectif. Le chef de l’État, Félix Tshisekedi – que nous appelons affectueusement Fatshi Béton – a insufflé une nouvelle énergie. Le Kasaï oriental, longtemps oublié par les régimes précédents, reprend vie. Pendant des décennies – sous Mobutu, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila – notre province n’a pratiquement rien reçu, alors même qu’elle contribuait à l’effort national, notamment avec la MIBA. Aujourd’hui, les Kasaïens se réveillent et se mettent debout pour reconstruire leur maison commune. Ce que vous voyez, c’est le résultat de cette prise de conscience et de l’appui constant du chef de l’État.
Pourtant, les Kasaïens ont toujours occupé des postes importants dans les différents régimes. Comment expliquez-vous que la province n’en ait pas profité ?
C’est vrai que beaucoup de Kasaïens ont brillé dans les différents régimes qui se sont succédés dans le pays, mais la province, elle, a été laissée pour compte. À l’origine, c’est nous-mêmes qui avons bâti cette province, après les refoulements de Luluabourg et du Katanga. Nous avons créé, avec nos aînés, ce qu’on appelait alors l’État autonome du Sud-Kasaï, dirigé par l’empereur Albert Kalonji Mulopwe. C’est notre héritage. Malheureusement, cet espace a été négligé pendant des décennies. Aujourd’hui, nous réparons cette injustice historique.
Dans quels domaines ressentez-vous le plus ce renouveau ?
Partout ! D’abord, rendons hommage au président Tshisekedi. Son action est visible à l’échelle nationale, mais au Kasaï oriental, elle est particulièrement palpable. Nous avons aujourd’hui des routes asphaltées, un aéroport moderne en construction, de nouveaux hôpitaux dont celui de la Muya, et une université flambant neuve : l’Université officielle de Mbuji-Mayi. L’eau potable coule désormais dans presque tous les quartiers grâce à la Regideso. C’est un véritable tournant social et humain.
Et sur le plan local, quels sont les acteurs politiques qui, par leurs investissements personnels dans le social et les infrastructures, accompagnent ce mouvement ?
Nous sommes nombreux à tirer dans la même direction. Je lance d’ailleurs un appel à tous les fils et filles du Kasaï oriental, qu’ils soient ici ou à l’étranger, à venir investir chez eux. Nous avons besoin de tout le monde.
Pour parler de nos champions du progrès social, parmi ceux qui se distinguent, je citerais l’ancien ministre des Finances et aujourd’hui député national, l’honorable Nicolas Kazadi à Miabi, qui a construit des écoles, une boulangerie moderne et même une station-service. Il y a aussi le ministre de la Défense Guy Kabombo Muadianvita, très actif dans le territoire de Tshilenge avec des routes, des ponts, des écoles et des forages. Le ministre José Mpanda a beaucoup fait également à Tshilenge, mais aussi ici même à Mbuji-Mayi. Sans oublier Eddy Mundele ou encore Clotilde Kapinga Mulumba à Kabeya-Kamuanga. Ce sont des exemples d’engagement concret pour notre province.
Quels sont, pour vous, les plus grands défis à relever aujourd’hui ?
Le premier, c’est l’électricité. Sans énergie, aucun développement n’est possible. Ensuite, l’agriculture, qui doit redevenir notre priorité absolue. Le maïs, par exemple, est la denrée la plus consommée ici. Nous devons produire davantage, transformer nos produits et nourrir notre population. Nous travaillons aussi sur le désenclavement : la construction d’un port à Ndomba, un autre à Kansenga, et des études pour des barrages hydroélectriques sur la Lubi et à Tshibasa. Quand nous aurons l’énergie et des voies d’accès, le Kasaï oriental décoller.
Vous évoquez souvent la solidarité de l’espace Grand Kasaï. Soutenez-vous le projet de route Kananga-Kalamba-Mbuji ?
Absolument. Ce projet est vital. L’ensemble du Grand Kasaï a connu le même isolement. Cette route va relier nos provinces au corridor de Lobito et à toute l’Afrique australe. Ce n’est pas seulement un axe routier : c’est une porte vers le commerce, l’exportation et l’autonomie économique. Nous devons travailler ensemble, main dans la main, pour en faire une réalité. Nous devons également travailler pour produire de quoi exporter vers la région, car dans les conditions actuelles, cette route va plus profiter aux étrangers, aux Angolais.
Beaucoup disent que le Kasaï s’est vidé de sa jeunesse, partie tenter sa chance ailleurs. Est-ce une réalité ?
C’est une image exagérée. Le Kasaïen est un battant. Historiquement, il s’adapte partout. Ceux qui sont partis, à Kinshasa ou à Lubumbashi, ne sont pas des fuyards, ce sont des travailleurs. Beaucoup sont devenus des entrepreneurs, des transporteurs, des artisans. Ils reviendront, car la province change. Nous créons les conditions pour les accueillir : énergie, infrastructures, stabilité. Ils reviendront aider à reconstruire leur terre natale, j’en suis convaincu.
L’éducation est aussi un pilier du développement. Où en est la province dans ce domaine ?
L’éducation est essentielle. Pendant longtemps, nous avons manqué d’écoles dignes de ce nom. Grâce au programme PDL-145 territoires, de nouveaux établissements voient le jour dans plusieurs zones. Nous construisons aussi des écoles provinciales pour accompagner cette dynamique. Certaines, comme celle de Miabi soutenue par Nicolas Kazadi, ou le centre communautaire Albert Kalonji Mulopwe, doivent encore être mécanisées pour que le personnel soit pris en charge par l’État. Nous plaidons pour cela activement.
Autrefois, le diamant faisait battre le cœur de Mbuji-Mayi. Quelle est la situation aujourd’hui ?
Le diamant n’est plus ce qu’il était. Les comptoirs sont rares, concentrés autour du rond-point Kalala Wankata. La MIBA, jadis moteur économique, a décliné. Les gisements s’amenuisent, c’est la réalité. C’est pourquoi nous devons diversifier notre économie. On ne peut pas tout fonder sur le diamant. Nous devons valoriser d’autres secteurs pour créer une économie équilibrée et durable.
Et le budget provincial, à combien s’élève-t-il actuellement ?
Gouverneur : Le budget du Kasaï oriental tourne autour de 300 millions de dollars. Ce sont des prévisions, bien sûr, mais nous travaillons à atteindre ce niveau en renforçant la mobilisation des recettes et en mettant en œuvre des réformes locales. Les contraintes existent, mais nous avançons.
Au-delà du diamant, on dit que votre sous-sol recèle d’autres richesses. Qu’en est-il ?
C’est vrai. Notre sol et notre sous-sol sont immensément riches : cuivre, cobalt, malachite, chrome, et d’autres encore. Nous sommes en discussion avec des partenaires pour mener des recherches géologiques et certifier ces ressources. C’est une étape indispensable avant toute exploitation sérieuse. Nous voulons attirer les investisseurs, mais dans la transparence et le respect de l’environnement.
Pour conclure, quel message adressez-vous à vos frères et sœurs du Kasaï oriental dispersés à travers le monde ?
Je leur dis : votre province change, elle renaît. Grâce au chef de l’État et à la mobilisation locale, nous posons les bases d’un Kasaï oriental nouveau. Revenez ! Investissez, participez à la transformation de votre terre. Nous travaillons pour assurer l’électricité, désenclaver la province et créer des opportunités.
Chez nous, il y a de l’espoir, il y a de la vie. Le Kasaï oriental vous attend.
Propos recueillis par Belhar MBUYI et William Albert KALENGAY







