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André Wameso voulait maquiller les conséquences de son populisme monétaire, il est recadré comme un enfant par le ministre des Finances Doudou Fwamba

La tentative d’André Wameso de masquer les effets de sa politique monétaire hasardeuse s’est heurtée à un recadrage sévère venu du ministère des Finances. En orchestrant l’appréciation artificielle du franc congolais par des rachats massifs de devises sur le marché interbancaire – au prix d’une ponction notable dans les réserves de change – le gouverneur de la Banque centrale s’est exposé à de vives critiques. Bien qu’ingénieur commercial de formation, il donne l’image d’un responsable déconnecté des fondamentaux macroéconomiques, tandis que la plupart des universitaires spécialisés en politique monétaire préfèrent, pour des raisons de carrière, s’abstenir d’exprimer publiquement leurs réserves. Dans ce silence, seuls quelques économistes et rares médias, dont Finance-cd.com, ont dénoncé ce qu’ils décrivent comme un populisme monétaire susceptible d’ébranler la stabilité économique.

Parmi ces voix critiques, l’économiste Rudolf Bondo Mecky rappelle, en s’appuyant sur les classiques de la macroéconomie, qu’une politique économique cohérente doit poursuivre simultanément quatre objectifs : la croissance, la stabilité des prix, l’équilibre extérieur et le plein-emploi. Or, selon lui, la BCC ne se concentre aujourd’hui que sur un seul indicateur – le taux de change – au détriment des trois autres piliers. « On ne stabilise pas une monnaie en négligeant la production, l’emploi ou la balance commerciale ; une politique économique repose sur l’harmonie de l’ensemble », insiste-t-il. Même son de cloche du côté de Godé Mpoyi, député national et professeur d’économie, qui alerte sur l’impact direct d’une appréciation artificielle du franc sur les recettes de l’État. Leurs avertissements, toutefois, ont été accueillis avec dédain par le gouverneur, sûr de la justesse de sa stratégie.

‘‘Analyse erronée et inexacte’’

La Banque centrale est même allée jusqu’à publier, le 3 décembre, un graphique affirmant que la hausse du franc n’avait aucun effet négatif sur la mobilisation des recettes publiques. «Une analyse graphique démontre que l’appréciation du franc congolais sur le marché des changes n’a pas freiné la mobilisation des recettes publiques. En effet, au mois de novembre 2025, comme depuis le début de l’année, les réalisations ont été systématiquement supérieures aux assignations», peut-on lire dans ce tweet.

Une affirmation immédiatement contrée par le ministère des Finances. Dans une réponse ferme publiée sur X, Doudou Fwamba a dénoncé une analyse « erronée et inexacte », rappelant qu’elle reposait sur des chiffres cumulés intégrant des avances fiscales, ce qui fausse la lecture. Il ajoute que les données officielles des administrations financières et le cadrage du FMI confirment bel et bien une baisse des recettes depuis l’appréciation du franc. Un rappel brutal des priorités, venant d’une tutelle qui sait précisément mesurer l’impact d’une politique monétaire sur les régies financières.

Effets déstabilisateurs

Derrière cette passe d’armes, c’est la viabilité même de la stratégie de la BCC qui est remise en question. « Comment un ingénieur commercial peut-il provoquer une perte de 26 % de l’épargne des entreprises en deux semaines et s’attendre à ce que celles-ci continuent de payer leurs impôts normalement ? », s’indigne un cadre de la Banque centrale lui-même perplexe face aux choix opérés. Finance-cd.com qui, dans un article intitulé ‘‘Franc congolais – une appréciation brutale aux effets déstabilisateurs : 2,5 milliards USD d’épargne partis en fumée’’, avait dès le 13 octobre alerté sur une «un véritable séisme pour l’économie congolaise», rappelait alors que la perte de 2,5 milliards USD d’épargne constituait un signal d’alarme, appelant à une politique monétaire basée sur les fondamentaux plutôt que sur des interventions artificielles. « La crédibilité d’une monnaie se construit dans la transparence, pas dans l’illusion », insistait notre analyse.

Les conséquences de cette stratégie étaient pourtant prévisibles. Dans une économie où 55 à 70 % des recettes publiques sont libellées en dollars, la conversion des revenus de l’État se dégrade mécaniquement lorsque le franc s’apprécie trop vite : 100 millions USD convertis à 2 800 CDF représentent 280 milliards, mais seulement 210 milliards si le taux chute à 2 100 CDF. Une perte directe de 70 milliards de francs congolais, sans que l’activité économique n’ait changé d’un iota. À cela s’ajoute la dévalorisation des stocks des importateurs, la perte de compétitivité des exportateurs, la contraction des marges et, in fine, une baisse de l’impôt sur les bénéfices, de la TVA et des investissements.

Manipulations brouillonnes

Au final, l’affaire Wameso aura servi de piqûre de rappel : on ne gouverne pas une monnaie comme on orchestre une opération de communication. A un moment où les caisses sonnent creuses et où les fonctionnaires accumulent des mois d’arriérés de salaires, les faits ont fini par rattraper le discours, et la démonstration de Doudou Fwamba a dévoilé ce que beaucoup soupçonnaient déjà : l’appréciation éclair du franc n’était qu’un artifice politique, sans fondement économique, et dont le pays paie aujourd’hui la facture. En voulant imposer une illusion de maîtrise, le gouverneur de la Banque centrale a fragilisé l’État, amputé ses recettes et ébranlé la confiance des entreprises.

Désormais, la RDC se retrouve face à une évidence incontournable : la stabilité monétaire ne naît ni d’effets d’annonce ni de manipulations brouillonnes, mais d’une politique cohérente, adossée à la production, aux emplois et aux équilibres structurels. L’économie, elle, ne se laisse jamais duper très longtemps.

Mbuta MAKIESSE