Représentant la Première ministre Judith Suminwa, le Vice-Premier ministre en charge du Budget, Adolphe Muzito Fumutshi, a présenté, ce lundi 11 décembre 2025, l’économie générale du projet de loi de finances 2026 devant le Sénat, à la suite de son adoption par l’Assemblée nationale. Un exercice qui, selon lui, traduit la collaboration « indéniable » entre le Gouvernement et le Parlement dans la quête du bien-être de la population et de la consolidation de l’État de droit.
Un contexte politique marqué par des avancées diplomatiques
Introduisant son propos, le VPM du Budget a rappelé le leadership du Président Félix Tshisekedi, saluant notamment la récente conclusion à Washington de deux accords majeurs : un partenariat stratégique avec les États-Unis et un accord pour la paix et la prospérité signé avec le Rwanda.
Selon lui, ces engagements ouvrent une nouvelle phase politique et sécuritaire pour la RDC, dont le budget 2026 se veut le bras opérationnel.
Exécution 2025 : un exercice marqué par la discipline budgétaire
M. Muzito a dressé un tableau globalement positif de l’exécution de la loi de finances rectificative 2025. À fin juin, l’État a contenu son déficit intérieur sans recourir aux avances de la Banque centrale, grâce au financement par titres publics. La mobilisation des recettes a été dynamisée par les surplus issus de la taxation des carburants miniers, compensant les pertes dans les zones en conflit.
Les chiffres consolident cette tendance. D’abord, 6,9 milliards USD de recettes au premier semestre, pour 7,1 milliards USD de dépenses. Ensuite, 10,9 milliards USD de recettes à fin septembre pour 10,4 milliards USD de dépenses, soit un excédent global de 500 millions USD. enfin, les recettes courantes atteignent 98% de leur cible à fin septembre et devraient atteindre 100% en décembre, avec un total estimé de 10,7 milliards USD.
Selon la projection officielle, l’exercice 2025 devrait se clôturer à 17,7 milliards USD et un déficit intérieur proche de 1 milliard USD, financé essentiellement par les obligations du Trésor.
Budget 2026 : un cap de 20 milliards USD, avec une hausse de 16%
Déposé le 15 septembre à l’Assemblée nationale, le projet de loi de finances 2026 est présenté en équilibre, en recettes et en dépenses, à hauteur de 20 milliards USD, sur base d’un taux de change de 2.900 FC/USD.
Ce cadrage s’inscrit dans une trajectoire triennale qui vise à relever progressivement la pression fiscale à 12% en 2026, 13% en 2027, et 15% en 2028, avec pour objectif d’atteindre d’ici 2030 la moyenne sous-régionale de 17%.
Ce renforcement de la mobilisation interne devrait permettre de financer 5 milliards USD pour la défense et la sécurité, 5 milliards USD pour l’amélioration salariale des agents publics, et 15 milliards USD pour les infrastructures sur cinq ans.
À cet horizon, le gouvernement estime que le revenu annuel par habitant pourrait dépasser 1 000 USD, soit plus de 3 USD par jour, contre moins de 2 USD actuellement.
La configuration du budget : 18,5 milliards USD pour le budget général
Le budget 2026 se décline comme suit : budget général : 18,5 milliards USD ; budgets annexes : 300 millions USD ; et comptes spéciaux : 1,5 milliard USD.
Les recettes internes, estimées à 12,5 milliards USD, représentent 68% du budget général. Elles intègrent 324 millions USD issus de SICOMINES, et 521 millions USD d’obligations du Trésor.
Les recettes courantes, chiffrées à 12 milliards USD, reposent sur 3 milliards USD des douanes (+12%), 7 milliards USD des impôts (+24%), et 2 milliards USD des recettes non fiscales (+4%).
Ces performances attendues sont soutenues par plusieurs réformes : digitalisation des procédures, extension de la facture normalisée, guichet unique pour microentreprises, modernisation de la TVA ou encore renforcement de la fiscalité sur les revenus.
Dépenses : priorité à l’investissement et à la sécurité
Les dépenses du budget général sont structurées autour de six piliers. Il s’agit de dette publique et frais financiers : 1 milliard USD (+28%) ; rémunérations : 4 milliards USD (+12%), incluant le recrutement de 18 000 militaires et 8 000 policiers, biens et services : 2 milliards USD (+25%), transferts et subventions : 2 milliards USD (+63%), investissements : 7 milliards USD (36% du budget général), et dépenses exceptionnelles : 2 milliards USD, couvrant sécurité, humanitaire, élections et recensement.
Au total, l’accent est mis sur les infrastructures nationales — routes, chemins de fer, aéroports, projets provinciaux — ainsi que sur le financement du PDL-145 Territoires.
Révision du cadre macroéconomique : un franc congolais plus fort
Depuis le dépôt du projet, la situation économique s’est améliorée. En effet, le franc congolais s’est apprécié, l’inflation a reculé, et les perspectives macroéconomiques se sont renforcées.
A l’issue de la seconde revue avec le FMI, les indicateurs ont été ajustés. Ainsi, si le taux de croissance est maintenue à 5,3%, celui de l’inflation a baissé à 4,4% (contre 7,1%), le taux de change moyen est révisé à 2.467 FC/USD, et le PIB nominal 2026 porté à 109 milliards USD (contre 93 milliards initialement).
Le FMI et le gouvernement ont validé un cadre budgétaire de 19 milliards USD, dont 13 milliards USD de recettes courantes, 630 millions USD de recettes exceptionnelles, et 3 milliards USD de financements extérieurs.
L’Assemblée nationale a finalement porté le budget à 22 milliards USD, soit un accroissement de 15,5%, en raison d’ajustements sur les recettes extérieures et les comptes spéciaux.
Vers un budget de transformation
En conclusion, le Vice-Premier ministre du Budget a affirmé que le projet de loi de finances 2026 constitue un instrument central de la transformation économique voulue par le Chef de l’État.
Ambitieux, fondé sur une amélioration de la mobilisation interne et sur un cadrage macroéconomique stabilisé, ce budget porte la promesse d’accélérer la modernisation des infrastructures, de soutenir la sécurité nationale et d’améliorer les revenus des agents publics.
Le Sénat entame à présent son examen, avant une adoption attendue dans les prochains jours.
Belhar MBUYI







