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Avec 1,8 milliard de dollars en 2025, Doudou Fwamba pulvérise le record de paiements en mode d’urgence et se fait brocarder par le FMI

Avec un record de 1,8 milliard de dollars décaissés hors circuit standard en 2025, la gestion du ministère des Finances suscite l’inquiétude des bailleurs de fonds. Ce dépassement des plafonds de gouvernance contredit les engagements de rigueur pris par l’actuel ministre des Finances.

Une dérive budgétaire record

Le Fonds Monétaire International (FMI) a récemment exprimé de vives préoccupations concernant la gestion budgétaire en République Démocratique du Congo. Pour l’exercice 2025, les dépenses exécutées en procédure d’urgence ont atteint le montant inédit de 5 234 milliards de CDF, soit environ 1,8 milliard de dollars. Ce volume représente 16 % de la totalité des décaissements ordonnés par le ministre des Finances, un niveau historique pour le pays.

Pour l’institution de Bretton Woods, cette dépendance aux mécanismes dérogatoires constitue un « péril majeur ». Le FMI avertit que si l’instabilité sécuritaire s’aggrave, les dépenses de défense pourraient absorber jusqu’à 2 % du PIB supplémentaire, menaçant directement la viabilité du programme financier soutenu par l’institution.

La prédominance du secteur sécuritaire

L’analyse des flux révèle que le secteur de la défense est devenu l’utilisateur quasi exclusif de ces circuits courts. Alors que 90 % des fonds d’urgence étaient déjà alloués à la sécurité au premier trimestre 2025, cette proportion a avoisiné les 100 % sur le reste de l’année. En moyenne annuelle, plus de 95 % des fonds décaissés en urgence concernent le domaine sécuritaire.

Si le FMI reconnaît que la crise dans l’Est impose une réactivité logistique incompatible avec les délais de passation de marchés classiques, il estime que ce recours systémique outrepasse les plafonds de gouvernance. Cette pratique limite la concurrence, opacifie la gestion des deniers publics et complique les audits a posteriori.

Le contraste avec les engagements de Doudou Fwamba

Cette réalité statistique vient percuter les déclarations de Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, ministre des Finances. En séjour à Kisangani le 1er août 2025 pour présenter son ouvrage « La réforme des finances et de l’administration publique en RDC », le ministre avait pourtant érigé la discipline budgétaire en priorité. « Il n’y a pas de magie pour obtenir de bons résultats : il faut travailler, appliquer et faire respecter les lois et les principes établis », avait-il affirmé lors d’une conférence à l’Université de Kisanganià l’Université de Kisangani.

À cette occasion, le ministre s’était félicité d’avancées significatives, assurant que les paiements en procédure d’urgence étaient passés de 22 % à 7 % grâce à son respect strict de la chaîne de dépense. Il mentionnait également la constitution d’une réserve de plus de mille milliards de francs congolais comme gage de sa « rigueur exemplaire ». À l’épreuve des chiffres publiés par le FMI, ces engagements apparaissent comme de rodomontades juste destinées à polir son image dans le public et qui n’ont aucune prise avec la réalité.

Tableau : Dépenses en urgence de 2019 à 2025

Source : Banque centrale du Congo

Vers un retour à l’orthodoxie ?

Sous la pression internationale, les autorités congolaises se sont engagées à réduire progressivement l’usage des procédures d’urgence. L’objectif affiché est de réintégrer les dépenses de défense dans les processus standards de la dépense publique afin de renforcer la transparence et la surveillance budgétaire. La réussite de ce rééquilibrage dépendra de la capacité du gouvernement à concilier les impératifs de défense nationale avec la discipline budgétaire exigée par ses partenaires financiers.

Rica MITSH

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