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Scandale « Alingete-Rawji Gate » : Le naufrage éthique de l’ASADHO et de la FBCP, avocats aveuglés d’un système en décomposition

Dans le reste du monde, les organisations de défense des droits humains et la société civile érigent des remparts pour protéger l’intérêt général et dénoncer la prévarication. En République démocratique du Congo, le spectacle est devenu kafkaïen : des figures éminentes de la société civile se transforment en boucliers médiatiques pour tenter de blanchir des cadres publics aux abois, englués dans des soupçons inédits de criminalité financière.

Aujourd’hui, l’affaire dite de l’« Alingete-Rawji Gate » met en lumière ce naufrage déontologique. Alors que des enquêtes documentées mettent directement en cause M. Jules Alingete Key — ancien Inspecteur général des finances (IGF) — pour fraude fiscale et douanière, trafic d’influence, faux en écritures, entrave à l’action de l’État et complicité au profit des sociétés du groupe Rawji, certains leaders d’ONG ont choisi le déni et le ridicule.

La dérive des postures : Nelson Mandela, les statues et le ridicule

Le premier à s’être jeté dans l’arène n’est autre que M. Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO). Dans une envolée lyrique aussi embarrassante que déconnectée des pièces du dossier, M. Katende a cru bon de dresser un hymne à la gloire de l’ancien patron de l’IGF : « Depuis la création de l’IGF, c’est l’un des seuls Congolais à avoir fait trembler les prédateurs des biens publics », assène-t-il sans ciller, évoquant des « milliards sécurisés » et des deniers restitués à l’État.

Poussant l’indécence jusqu’au grotesque, le président de l’ASADHO s’est fendu d’une comparaison monumentale : « En Afrique du Sud, on a élevé un monument à Nelson Mandela. À Kinshasa, on a fait de même pour Laurent-Désiré Kabila (…) Pourquoi dresse-t-on des statues à des musiciens et à des politiciens, et pas à ceux qui ont protégé le Trésor public ? »

Élever une statue à un fonctionnaire aujourd’hui confondu par des enregistrements, des métadonnées MAPI et des signatures cryptographiques validant l’annulation d’ordres de mission officiels ? L’aveuglement franchit ici les limites du tolérable.

Dans la même foulée, la Fondation Bill Clinton pour la Paix (FBCP) est emboîté le pas à cette stratégie de blanchiment en prétendant que les communications de la Justice « confortaient leurs conclusions indépendantes » et qu’aucun fait de corruption ou de blanchiment n’était établi. Un raccourci intenable face à la gravité des faits d’ingérence et de manipulation comptable qui figurent au dossier.

La fabrique des chiffres : Le grand mensonge des « 15 places gagnées »

Au-delà de la cécité de ces ONG, quel est le bilan réel de M. Jules Alingete Key après cinq années passées à la tête de l’IGF ?

En février dernier, invité sur le plateau de l’émission Fauteuil Blanc sur Télé 50, l’ancien Inspecteur général s’était livré à un plaidoyer pro domo prétendant que la corruption en RDC était passée de « 80 % à 50 % » — un pourcentage fantaisiste issu de nulle part et appuyé sur aucune méthodologie statistique. Mais M. Alingete avait surtout affirmé :

« L’ONG qui publie l’Indice de perception de la corruption (IPC) a classé la RDC parmi les pays ayant le plus progressé. En cinq ans, nous avons gagné environ 15 places au classement de Transparency International. Cela prouve que des efforts considérables ont été fournis. »

Ce constat est une imposture pure et simple, fondée sur un mensonge éhonté.

L’analyse factuelle du rapport 2024 de Transparency International détruit méthodiquement ce récit falsifié :

  1. La RDC n’a jamais figuré parmi les pays récompensés : À la page 10 du rapport mondial 2024 de Transparency International, les États salués pour leurs progrès significatifs sont la Côte d’Ivoire, Bahreïn, la Moldavie, la République Dominicaine, le Bhoutan et l’Estonie. La RDC n’y est tout simplement pas citée.
  2. La manipulation des chiffres du classement : En 2021, lors de la prise de fonction effective de Jules Alingete à la tête de l’IGF, la RDC était classée 169ème sur 180 pays, avec une note d’IPC de 19/100. Dans le dernier classement disponible, la RDC pointe à la 163ème place. Le gain réel n’est donc pas de 15 places, mais de 6 petites places en cinq ans.
  3. Une note au point mort : Plus grave encore, le passage de la 169ème à la 163ème place ne découle pas d’une amélioration de la gouvernance congolaise, mais du sillage d’effondrement de pays tiers (Burundi, Haïti, Tadjikistan, Birmanie, Soudan, Nicaragua). La note intrinsèque de la RDC est passée de 19/100 à 20/100 : soit un minuscule point gagné en cinq ans.

C’est l’équivalent d’un élève qui, obtenant 19% au premier trimestre à la 36ème place de sa classe, se vanterait de monter à la 30ème place au second trimestre avec 20% uniquement parce que ses camarades ont tous échoué plus lourdement que lui !

Le contre-exemple ivoirien : Là où la lutte contre la corruption est une réalité

Pour mesurer l’ampleur de l’échec congolais sous le règne d’Alingete, il suffit de porter le regard sur des nations réellement engagées dans l’assainissement de leurs finances publiques.

En Côte d’Ivoire, sur la même période (2021-2025), le pays est passé de la 105ème place (avec la cote 36/100) à la 69ème place (45/100). Un bond spectaculaire de 36 places et 9 points gagnés, mesurable, incontestable et salué à l’échelle internationale.

Sortir de l’imposture

La tentative de sanctification de Jules Alingete par M. Jean-Claude Katende et la FBCP constitue une injure aux victimes de la prévarication d’État et aux véritables acteurs de la bonne gouvernance. En érigeant un homme poursuivi pour des entraves documentées en « héros national », l’ASADHO et ses alliés décrédibilisent le combat des droits humains en RDC. Ils ravalent leurs organisations au rangs de banales structures alimentaires.

Il est temps que la justice suive son cours sans que la complaisance d’ONG en quête de visibilité ne vienne polluer la rigueur des faits, des expertises scientifiques et des chiffres.

Rica MITSH