POLITIQUE Marche de l’opposition : des images insoutenables de la répression font le tour...

Marche de l’opposition : des images insoutenables de la répression font le tour du monde

Des policiers et une personne habillée en tenue civile s’acharnant sur un enfant d’une dizaine d’années, qui est aujourd’hui hospitalisé.

La marche de l’opposition prévue le samedi 20 mai a finalement vécu. Par-delà tous ses ressorts et revendications politiques, tout ce que l’opinion nationale et internationale, les médias nationaux et étrangers, retiendront, c’est cette sauvage répression des manifestants. Depuis samedi, des vidéos montrant des policiers accompagnés par des personnes en tenue civile non autrement identifiées, bastonnant sauvagement des manifestants avec des matraques et des longs et gros morceaux de bois, laissant l’un d’eux pour mort, ont fait le tour des réseaux sociaux. Et par la magie des TIC, elles se retrouvent à la vitesse de la lumière aux quatre coins du globe. De partout, des congolais reçoivent des appels de leurs amis et membres de famille qui cherchent à vérifier l’authenticité de ces images qui semblent sorties d’un mauvais film d’horreur.

Mais plus que toutes, ce sont les images d’un enfant d’une dizaine d’années qui ont le plus choqué l’opinion. Traîné sur la chaussée, violemment tabassé à coups de pieds et de poing, piétiné et balloté dans tous les sens par des policiers et d’autres personnes habillées en tenue civile, l’enfant a connu un véritable martyr. C’est une scène cauchemardesque qui a ému profondément l’opinion. «C’est peut-être l’image de cette journée : un enfant brutalement interpellé, traîné au sol, roué de coups et embarqué de force dans un fourgon de la police congolaise», écrit Jeune Afrique,  le magazine panafricain basé à Paris.

Réaction tout aussi émue de Fabrice Puela, ministre congolais des Droits humains, qui, prenant la mesure de la situation, condamne “les actes de répression” et de “brutalité” contre les manifestants, y compris des “mineurs”. «Nous exigeons de la justice des enquêtes urgentes pour que les responsabilités soient établies sur les différentes violations constatées», écrit-il dans un communiqué.  

Sur une rue de Ngaba, un homme en tenue civile, s’apprête à asséner un coup de pilon à un manifestant à terre, déjà terrassé par des policiers autour.

Démons du passé

Vent de révolte chez les défenseurs des droits de l’homme qui pourfendent le pouvoir en place, en commençant par ses principaux dirigeants. «Après les violences policières d’hier qui nous ont rappelé le régime passé, pourquoi le Président Tshisekedi et son premier Ministre gardent-ils silence? Sont-ils satisfaits du travail fait par la police ou disent-ils que ce n’est pas leur affaire ?», interroge Jean Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), dans un twit le dimanche.

Même tempo à l’Association pour l’accès à la justice, ACAJ, qui «condamne les actes de violence commis à l’occasion de la marche de l’opposition et exige une enquête judiciaire pour identifier et sanctionner sévèrement leurs auteurs». L’organisation va plus loin encore : «L’ACAJ condamne le fait que le Gouverneur de la Ville-Province de Kinshasa ait notifié verbalement l’opposition quant au changement de l’itinéraire à 24heures de leur manifestation. Pareille décision administrative aurait dû l’être au moins quatre jours avant afin de permettre éventuellement aux organisateurs de la contester devant le juge compétent».

Voilà comment un pouvoir fondé sur une alternance démocratique qui avait soulevé tant d’espoirs, se retrouve, dans une journée, renvoyé aux pires heures du mobutisme et du kabilisme triomphants. Le 20 mai 2023 restera dans l’histoire le jour où la RDC a renoué, tragiquement, avec ses démons du passé que l’on croyait à jamais enterrés.

Rica MITSH