A LA UNE Joseph Kabila : exil définitif à Windhoek en Namibie

Joseph Kabila : exil définitif à Windhoek en Namibie

«Joseph Kabila prépare l’insurrection, l’AFC, c’est lui», la phrase de Félix Tshisekedi est tombée comme un coup de tonnerre sur le microcosme politique congolais. Si le gotha politique congolais n’a pas fini d’épiloguer sur sa portée et son sens profond, elle a en tout cas une première conséquence : l’ancien chef de l’Etat est désormais un homme en exil, de manière durable, dans un pays sûr pour lui et qui a été un allié de taille de son régime : la Namibie, où il dispose de propriétés où il peut passer un exil confortable.

Pendant des décennies, les Congolais en avaient rêvé : voir leur président de la République en fonction, non seulement quitter le pouvoir pacifiquement à l’issue des élections démocratiques, mais aussi et surtout vivre en paix dans son pays. Il y avait de quoi : le premier chef de l’Etat, Joseph Kasavubu, avait été renversé par un coup d’Etat en 1965, et est mort en relégation à Boma. Le deuxième, Joseph Mobutu, a été à son tour chassé du pouvoir par la rébellion de l’AFDL soutenue par le Rwanda et l’Ouganda en mai 1997. Malade, il est allé mourir en exil au Maroc où il est enterré. Son tombeur et successeur, Laurent Désiré Kabila, est mort assassiné dans son cabinet de travail en janvier 2001. Avec l’alternance dire ‘‘civilisée’’ intervenue en janvier 2019 entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi, les Congolais étaient en droit d’espérer, enfin. Hélas !

L’image du président John Pombe Magufuli de Tanzanie recevant ses trois prédécesseurs Ali Hassan Mwinyi, Benjamin Mkapa et Jakaya Kikwete faisait rêver sur les bords du fleuve Congo. Les Congolais pensaient être sur le chemin de la normalisation démocratique de leur pays, avec un président sortant, Joseph Kabila, et un autre entrant, Félix Tshisekedi, le second traitant le premier de ‘‘partenaire de l’alternance’’. Depuis lors, l’eau a coulé sous les ponts. D’abord, il y a eu la rupture de la coalition FCC-CACH, suivie du boycott des élections générales de 2023 par Joseph Kabila et les siens. Enfin, il y a maintenant cette phrase, fuligineuse, du président Tshisekedi, lors de sa dernière interview : «Joseph Kabila, n’en parlons pas, lui, il a carrément boycotté les élections et prépare une insurrection parce que l’AFC, c’est lui».  

Les lourds battants de l’exil

Si on peut volontiers épiloguer sur le sens d’une phrase où le factuel – l’AFC est une rébellion en cours – le dispute au projeté – le fait de préparer une insurrection à l’avenir – il apparaît clair que les lourds battants de l’exil se sont refermés sur Joseph Kabila. En effet, on ne voit pas comment l’ancien chef de l’Etat, qui vit depuis plusieurs mois à Windhoek en Namibie, peut revenir au pays, sans courir le risque de se faire arrêter et juger au même titre que les autres ténors de l’Alliance fleuve Congo, AFC, dont la plupart par contumace.

Déjà, fin mars, la sortie du pays par Joseph Kabila, avait été au centre d’une controverse. Secrétaire général de l’UDPS, le parti au pouvoir, Augustin Kabuya Tshilumba, avait accusé l’ancien chef de l’Etat d’être de mèche avec la rébellion de l’AFC et d’avoir quitté la RDC de manière frauduleuse. «Retenez dans vos cœurs ceci, cette situation que nous traversons, c’est toujours Kabila qui est à la base de cette situation. Que ces hommes nous disent quel jour Joseph Kabila a quitté le pays. Qu’on nous dise c’est la DGM de quel pays qui a enregistré sa sortie du pays. Il savait très bien que ces hommes allaient faire ces choses. Kabila a demandé à un dirigeant africain, d’appuyer Nangaa avec tous les moyens financiers et logistiques», avait-il déclaré, suscitant l’ire des partisans du chef de file du FCC.

Le 6 avril, les renseignements militaires, ex-Démiap, présentent à la presse Eric Nkuba, assistant de Corneille Nangaa, arrêté par les tanzaniens et transférés à Kinshasa. ce dernier cite plusieurs contacts de l’AFC, parmi lesquels Joseph Kabila, mais aussi Joseph Olenghankoy et l’ancien député et président du parti UDA-O, Claudel Lubaya. Mais à l’ouverture du procès de Corneille Nangaa et d’autres cadres de l’AFC, le même Eric Nkuba affirme avoir cité ces noms sous la torture …

Avec le recul, la passe d’armes entre M. Kabuya et les partisans de Joseph Kabila interroge : soit l’ancien chef de l’Etat se reprochait quelque chose et qu’il se savait découvert, soit qu’il était au courant de manœuvres qui se tramaient injustement contre lui, et a pris les dispositions pour quitter le pays, par les voies légales ou non. Pour se réfugier depuis près de cinq mois chez un allié sûr : la Namibie. La dynastie Kabila est très liée à ce pays d’Afrique australe. En 1998, au lendemain du déclenchement de la deuxième guerre du Congo, la Namibie avait déployé des troupes au Congo aux côtés des contingents zimbabwéens pour tenir face à des rebelles du RCD et du MLC déchaînés, avec leurs soutiens rwandais et ougandais.

Un complexe tentaculaire

Sur place, Joseph Kabila possède plusieurs propriétés résidentielles, dont un luxueux domaine de 36 hectares au sommet d’une colline à Brakwater, situé à environ trois kilomètres au nord de Katutura, le township situé à l’ouest de la capitale namibienne, que la femme d’affaires et ancienne députée namibienne Namundjebo-Tilahun gérait pour son compte depuis 2013. Le complexe tentaculaire, entouré d’un mur d’enceinte de deux kilomètres de long, comprend, entre autres, une grande villa, une piscine intérieure chauffée attenante, une cave à vin souterraine et trois maisons.

La concession de Joseph Kabila à Windhoek Photo : Droits tiers

M. Kabila aurait hérité de la propriété de son père, Laurent-Désiré Kabila, assassiné le 16 janvier 2001. Selon des sources, Laurent-Désiré Kabila a acheté la propriété à l’homme d’affaires de Windhoek Klaus Nipko en 1999, mais il a fallu deux ans pour se mettre d’accord sur le prix de vente de 8,8 millions de dollars namibiens, soit plus 477 760 dollars américains.

Les registres du bureau des actes fonciers montrent que la propriété a été transférée de Nipko à Sycamore Investments CC pour 8,8 millions de dollars namibiens le 15 mars 2002. Et, pour leur part, les registres de Sycamore Investments CC montrent qu’elle a été enregistrée le 11 janvier 2002 avec comme seul membre un certain Timothy Roman. Ce dernier était un pilote américain originaire de Pennsylvanie, aux États-Unis, qui devint le principal intermédiaire de Joseph Kabila après l’accession soudaine au pouvoir du jeune général-major à la présidence de la RDC, avant de devenir son pilote.

Rica MITSH