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Félix Tshisekedi a magistralement réussi à renverser les rapports de force contre le Rwanda sur le plan international

Le chef de l’Etat congolais Félix Tshisekedi (au centre), avec les ministres Patrick Muyaya (à g.) et Thérèse Kayikuamba Wagner.|Photo : Montage Finance-cd.com

Il pleut des sanctions contre le Rwanda comme de la neige sur le sommet des monts Ruwenzori dans l’est du Congo. Plus un jour ne passe sans qu’un pays occidental n’annonce des sanctions contre le pays des mille collines pour son soutien aux rebelles du M23 qui opèrent dans la partie orientale du pays avec le soutien des Forces de défense du Rwanda selon plusieurs rapports de l’ONU. Les dernières en date viennent du Canada, pourtant allié de poids de Kigali depuis le génocide des Tutsi de 1994.

Lundi 3 mars, Otawa a annoncé la suspension de la délivrance de licences pour l’exportation de marchandises et de technologies contrôlées vers le Rwanda, de nouvelles activités commerciales de gouvernement à gouvernement avec ce pays d’Afrique de l’Est, ainsi qu’un soutien proactif aux activités de développement commercial du secteur privé, y compris les missions commerciales. Mieux, ce pays d’Amérique du Nord a décidé de revoir la participation du gouvernement canadien aux événements internationaux organisés au Rwanda, ainsi que les propositions rwandaises pour l’organisation de futurs événements.

Or, le Rwanda compte énormément sur l’organisation des événements internationaux. Le gouvernement a beaucoup investi en sa capitale, Kigali qui, avec son climat doux, sa grande propreté, son niveau élevé de sécurité et ses infrastructures destinées aux événements internationaux, est devenue la deuxième destination la plus populaire pour les conférences d’affaires internationales en Afrique en 2023 après Cape Town en Afrique du Sud, selon le dernier classement de l’International Congres and Convention Association (ICCA).

Un pan de l’économie menacé

Ces dernières années le Rwanda est une plaque tournante pour des conférences de haut niveau. En 2024, le pays a accueilli 165 conférences, attirant plus de 65.000 délégués du monde entier. Les statistiques du Rwanda Development Board (RDB) montrent que les réunions, conférences et expositions ont enregistré une croissance significative de 52% en 2023, générant des revenus de 95 millions de dollars. Or, qui peut bien penser organiser des événements internationaux dans un pays où ils seront boycottés par un pays aussi important que le Canada, et où le Royaume uni n’enverrait pas des représentants de haut niveau ? C’est un pan de l’économie rwandaise qui est ainsi sérieusement menacé.

Revenons sur le registre des sanctions. Au début, il y a eu la Belgique. Ancienne puissance mandataire du Rwanda et du Burundi et ancien pays colonisateur du Congo. Bruxelles s’est retrouvé au premier plan dans l’exigence des sanctions contre le Rwanda. Au point que, excédé, le pays des mille collines a annoncé, mardi 18 février, la suspension des programmes d’aide au développement belges dans le pays, accusant l’ex-puissance coloniale d’avoir pris fait et cause pour Kinshasa dans le conflit en cours dans l’est de la RDC.  

Le 21 février, c’est au tour des Etats Unis, considérés comme le plus grand allié du Rwanda d’annoncer des sanctions financières contre un ministre rwandais, James Kabarebe, accusé d'”orchestrer le soutien” des RDF aux rebelles du M23. Comme si cela ne suffisait pas, le même jour, c’est à l’unanimité de ses membres que le Conseil de sécurité a adopté, dans l’après-midi, une résolution présentée par la France qui « condamne fermement » l’offensive menée par le M23 en RDC et les avancées qu’il réalise dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu avec le soutien des Forces de défense rwandaise, et appelle au retrait immédiat de ces dernières du Congo.

Et puis, le lundi 24 février, c’est au tour du Royaume uni de suspendre la majorité de ses aides au Rwanda. Parmi ces mesures, Londres suspend son aide financière bilatérale directe à Kigali, limite les activités de promotion commerciale et interdit la participation de hauts responsables britanniques aux événements officiels rwandais ou organisés dans le pays. Ces sanctions s’inscrivent dans une volonté d’intensifier la pression diplomatique sur le gouvernement rwandais et de coordonner avec les partenaires internationaux d’éventuelles nouvelles sanctions. Sur le plan militaire, le Royaume-Uni a annoncé la suspension de toute assistance en formation aux forces armées rwandaises et la révision des licences d’exportation d’équipements destinés à la RDF.

Tandem de choc pour un succès historique

Le retournement de la situation diplomatique est spectaculaire. En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, le Rwanda est réduit au niveau d’un état paria de la communauté internationale, sanctionné de partout dans le monde occidental. Au début et pendant longtemps, les accusations du président Félix Tshisekedi étaient raillées même par certains congolais qui l’accusaient de trop pleurnicher auprès des Occidentaux. A l’heure des comptes, il s’agit d’une stratégie diplomatique qui a fini par porter ses fruits, renversant la situation en faveur de la RDC face à un pays qui était considéré comme le chouchou de l’Occident depuis le génocide des Tutsi de 1994.

La stratégie de Félix Tshisekedi a commencé par l’élaboration d’un narratif qui consiste à mettre en avant-plan l’agression du pays par le Rwanda, et à invisibiliser durablement les rebelles du M23. Développé avec talent par Patrick Muyaya et puissamment répandu à travers les grands médias internationaux par le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, elle a fait mouche en ralliant l’opinion publique internationale à la cause de la RDC. Des Etats Unis à l’Allemagne en passant par la France, la Belgique et le Royaume uni, l’on voit des citoyens de pays occidentaux participer à des manifestations défendant la cause congolaise et conspuant le Rwanda pour son agression du Congo.

La nomination de Mme Thérèse Kayikuamba Wagner au ministère des Affaires étrangères a permis de combler le chaînon manquant de la ligne d’attaque congolaise. Avec une rare efficacité, cette dernière va porter ce narratif au plus profond de l’âme des dirigeants mondiaux. Avec comme résultats des courses les résultats que la RDC engrange aujourd’hui. Nombreux sont ceux qui, aujourd’hui dans la communauté internationale, condamnent et sanctionnent le Rwanda, sans pour autant mettre, comme point d’équilibre, l’exigence pour la RDC de cesser toute collaboration supposée avec les FDLR. Comme les temps ont changé !

Le succès diplomatique de Félix Tshisekedi est historique. Le chef de l’Etat congolais a eu besoin d’un tandem de choc constitué de Patrick Muyaya et Thérèse Kayikuamba Wagner pour monter et porter sa stratégie aujourd’hui gagnante. Connue depuis des années comme des redoutables communicateurs, les Rwandais sont K.O technique, au tapis, réduits à l’impuissance face aux coups adverses qui pleuvent sur eux.

MULOPWE Wa Ku DEMBA