Marcellin Bilomba et Nicolas Kazadi. Selon tous les observateurs, l’arrestation de l’ex-conseiller privé de Fatshi est simplement politique
La dernière interview de Nicolas Kazadi sur Télé 50 n’a pas fini de faire jaser. Face à notre confrère Jean Marie Kasamba, le ministre des Finances a proclamé haut et fort, et de façon parfaitement intelligible que, malgré la guerre de l’Est du Congo, les présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame sont frères et resteront frères quoi qu’il en coûte. Il a également déclaré que le chef de l’Etat congolais avait initié un rapprochement avec le Rwanda, notamment en mettant sur table les mines du Congo pour un partenariat avec le pays de Paul Kagame. Le premier à avoir tenu ces propos fut Marcellin Bilomba, alors conseiller principal du chef de l’Etat, aujourd’hui directeur général de SONAHYDRO, la société nationale des hydrocarbures. Le deuxième fut Fortunat Biselele, qui était conseiller privé du président Tshisekedi. Un seul des trois a été révoqué et croupit en prison pour ces propos, alors que les deux autres n’ont jamais été inquiétés. Enfin, le président Félix Tshisekedi lui-même a fini par dire la même chose. Au point qu’on se demande le pourquoi de l’arrestation de Fortunat Biselele que l’ACAJ qualifie simplement de politique. Chronique d’un deux poids deux mesures particulièrement injuste.
Au lendemain de sa prise de pouvoir, Félix Tshisekedi avait entrepris une courageuse politique de rapprochement avec tous les voisins afin de pacifier la région. En croisé de la paix à la manière de l’ancien chancelier allemand Konrad Hermann Joseph Adenauer, le nouveau chef de l’Etat congolais ne s’était embarrassé d’aucun populisme, et avait décidé de normaliser les relations de la RDC avec tous ses voisins, y compris ceux qui étaient considérés sous le régime précédent comme d’éternels ennemis : le Rwanda et l’Ouganda. Avec le premier, surtout, des projets communs d’exploitation minière furent mises en place afin de créer ensemble la richesse pour les deux peuples.
Mutualiser richesses et organisation
Mais c’est la volonté de Paul Kagame de soutenir les rebelles du M23 qui a tout remis en cause. Depuis lors, la guerre a repris, la situation humanitaire s’est gravement dégradée, et les relations sont à nouveau tendues entre les deux pays. Le premier à intervenir sur ce dossier, pour expliquer le pourquoi et le comment des relations qui s’étaient tissées entre la RDC et le pays des mille collines, fut Marcelin Bilomba, conseiller principal du président de la République en charge du collège Economie et finances.
Invité sur Top Congo, il avait expliqué qu’on pouvait, à l’avantage des deux pays, mutualiser les richesses minières congolaises et le sens d’organisation de l’Etat rwandais. «le Rwanda est un voisin naturel. Et il va toujours demeurer un voisin naturel. Mais alors un voisin naturel qui n’a pas de coltan, un voisin naturel qui n’a pas d’or. Mais un voisin qui a une organisation, pourquoi ne pas ouvrir le marché pour transacter avec ce voisin ?», s’était-il interrogé.
Le deuxième à intervenir sur ce sujet a été Fortunat Biselele, alors conseiller privé du chef de l’Etat, qui voulait démontrer la bonne foi du président Félix Tshisekedi dans sa volonté de normaliser les relations avec le Rwanda. C’était dans le cadre d’une émission documentaire du journaliste camerounais Alain Foka. L’homme avait alors déclaré : «le président Félix a proposé à son homologue rwandais une chose simple : nous sommes un pays riche, vous êtes nos voisins, aucune guerre ne fera déplacer les frontières, nous resterons voisins à vie. Moi je vous propose de mettre ensemble des projets où nous allons jouer win-win (gagnant-gagnant, en Anglais). J’ai des minerais chez moi qui vous intéressent. Vous, vous avez la possibilité, avec votre carnet d’adresse, de contacter les investisseurs partout à travers le monde, et nous allons travailler en synergie pour développer la zone ensemble».
Criante injustice
Le dernier intervenant sur cette question, c’est le ministre des Finances Nicolas Kazadi. Invité de Jean Marie Kasamba sur Télé 50 en début de semaine, il a affirmé : «eh bien, le président de la République, dans sa vision, dans sa grande vision, a pris le courage – et cela a été décriée de manière ignorante par Olivier Kamitatu – de prendre son frère – parce qu’il restera son frère, le président Kagame – pour lui dire : asseyons-nous… on reste frères, même si on se chamaille, même si on s’entretue, on est frères, on est frères, que voulez-vous qu’on fasse ? il l’a pris par la main et lui a dit : asseyons-nous, au lieu de faire le mal, faisons le bien, et de manière transparente. C’était en juin 2021. Il a proposé SAKIMA, avec DITHER etc. C’était pour construire quelque chose de positif. C’est ce que font tous les grands pays, c’est ce qu’ont fait l’Allemagne et la France au sortir de la guerre».
Nicolas Kazadi parlait ici du protocole d’accord qui avait été signé le 27 juin 2021 entre l’entreprise congolaise dénommée Société aurifère du Kivu-Maniema (SAKIMA) avec la société rwandaise DITHER aux termes duquel les deux entreprises avaient convenu de mettre leurs moyens ensemble pour développer une société commune pour le financement et la gestion des projets miniers de SAKIMA, à savoir l’exploitation de l’or, du coltan, de la cassitérite et du wolfram congolais.
Enfin, le chef de l’Etat lui-même a clos ce débat, en disant exactement la même chose. Le vendredi 13 janvier 2023, Félix Tshisekedi avait parrainé la première vente de l’or artisanal à l’entreprise Primera RDC SA, une entreprise émiratie. Il avait déclaré à cette occasion : «C’est exactement ce genre de partenariat que j’avais recherché avec le Rwanda, pour mettre fin à ces trafics, à la contrebande de nos minerais, et faire profiter à nos populations respectives».
En définitive, trois hommes d’état ont relaté les mêmes faits, et dit la même chose, à savoir que la RDC avait mis sur la table ses mines, et le Rwanda son organisation et ses divers partenaires et investisseurs, afin de développer des projets communs. Cela en des termes presque similaires mot à mot. «Donc trois proches du chef de l’Etat, tous originaires du Kasaï, l’un du Kasaï central – Fortunat Biselele – et les deux autres du Kasaï oriental – Marcellin Bilomba et Nicolas Kazadi – ont tenus les mêmes propos, mais un seul a été mis en prison pour ça, Fortunat Biselele, tandis que les deux autres n’ont jamais été inquiétés, avec raison du reste car il s’agit des faits non séditieux de notoriété publique confirmés par le chef de l’Etat en personne», se désole un observateur, défenseur des droits de l’Homme de Kinshasa.
Une des plus grandes organisations de défense des droits de l’Homme, l’Association congolaise pour l’accès à la justice, ACAJ en sigle, ne s’y trompe pas quand elle affirme, dans une lettre adressée au président de la République, que le procès de Fortunat Biselele sera un procès politique, et appelle carrément à sa libération. «II nous revient que les infractions à sa charge revêtent un caractère éminemment politique. Par conséquent, d’un point de vue strictement juridique ces infractions sont réputées politiques et font de facto de lui un prisonnier politique. Sans aucune prétention de préjuger du fond du dossier, l’ACAJ note que les débats organisés dans le cadre d’un pareil procès donneraient lieu à la divulgation certaine des secrets d’Etat et exposerait tout le système politique et sécuritaire quant à ce», écrit Georges Kapiamba, le président de l’ACAJ au chef de l’Etat.
Tino MABADA (Africa News).
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