C’est la saga de l’été sur les réseaux sociaux en RD Congo. Une photo montrant le ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et technique (EPST) Tony Muaba, et sa vice-ministre Aminata Namasia Bazego recevant les honneurs des policiers lors d’une visite fait le tour des réseaux sociaux. Et pour cause : on y voit le ventre de la vice-ministre arrondi, en tout cas plus arrondi qu’à la normale. Et c’est le buzz ! Aminata, la belle Namasia Bazego, est donc enceinte. Quoi de plus normal, pour une femme en ce bas monde ? Le problème, ce qu’elle est célibataire. De quoi susciter des réactions en chaînes. Mais est-ce un problème si une femme célibataire, en plein mandat gouvernemental, tombe enceinte ?
Elle était la fille précoce de la législature 2018. Cette native de Bingila en territoire de Bambesa, province de Haut Uele, enjambe quatre à quatre les marches qui la conduisent vers son destin. Diplômée d’Economie de l’Université protestante du Congo en 2017 à 24 ans, elle se fait élire députée nationale l’année suivante à 25 ans dans son territoire d’origine, et se retrouve donc la benjamine de l’Assemblée nationale. Elle est alors remarquée lors de son passage au bureau provisoire de 2019 et au bureau d’âge fin 2020. La jeune femme, d’une beauté exquise, devient vite le sex symbol pour de nombreux admirateurs qui fantasment en permanence sur elle. En avril 2021, elle entre au gouvernement Sama Lukonde en qualité de vice-ministre de l’EPST. Elle imprime alors à l’exécutif un côté glamour avec son charme fou.
Et puis, boum ! Survient cette satanée photo, et éclate alors la bombe. La belle Aminata, celle qui fascine tout un genre masculin d’un pays, est enceinte. Les critiques fusent, avec une violence inouïe. Et les accusations aussi, rapportées par la presse : elle serait enceinte tantôt d’un ancien collègue député, tantôt d’un ministre, tous les deux mariés. Piquée au vif, la belle au bois dormant a réagi sur son compte Twitter. «Au-delà de mes charges officielles et publiques, j’ai une vie qui doit être respectée par tous. Un droit garanti à tout Congolais par notre Constitution. Ternir mon image ne doit pas être une habitude tolérée. En effet, cela pourrait nuire non seulement à mes engagements, mais également à l’image de mes collègues hommes mariés et à leurs foyers» , a-t-elle écrit ce jeudi 11 mai.
Mais est-ce un problème si elle, ou une autre femme politique de première importance mais célibataire, tombe enceinte au cours de son mandat ? Beaucoup disent oui, au nom d’un puritanisme fondé sur leur foi, oubliant que la RDC est un état laïc. Les mêmes qui la pourfendent sont ceux qui remplissent les églises de pasteurs lovelaces ambulants permanemment en chaleur qui transforment les filles de leurs « ligablos spirituels » en harem où ils assouvissent leurs appétits sexuels les plus pervers : il y’en a un, chanteur de charme, qui engrosse sa choriste et la fait avorter sans se gêner le moins du monde, provoquant d’infinies hémmoragies dont souffre la pauvre jusqu’à ce jour ; un autre qui exige un droit de cuissage pour les chanteuses inscrites à un célèbre concours des chants chrétiens, avant de rendre furieusement célèbre un banal produit, la vaseline, à cause de sa propension à la relation anale avec une chanteuse venue de la lointaine Australie ; il y’en a aussi un qui exhibe ses genoux noirs en abusant, dans un véhicule, de la veuve d’un de ses collaborateurs décédé, en lui faisant nourrir de faux espoirs sur l’héritage de son défunt mari etc. Les sextapes de ces ‘‘pastas en chaleur’’ ont été visionnés sur les réseaux sociaux par des millions des Congolais. Pourtant, leurs églises sont toujours pleines, et on se demande où sont passés les moralistes.
D’autres avancent des arguments qui ne manquent pas d’intérêt. “C’est condamnable. Elle doit prêcher par l’exemple, surtout qu’elle est vice-ministre de l’Enseignement primaire et secondaire. De par sa jeunesse, beaucoup de jeunes filles se reconnaissent en elle. Quel exemple leur donne-t-elle avec ça?”, interoroge un internaute. Un autre réagit : “elle devrait démissionner, soit être révoquée du gouvernement. Elle n’a pas respecté le Code de conduite de l’agent public de l’Etat”. En effet, ce Code, qui concerne également les membres du gouvernement, consacre la moralité en son article 9. L’agent public de l’Etat y est tenu, notamment de “se comporter, tant dans sa vie publique que privée, de manière à préserver et à renforcer la confiance du public envers l’Etat et à améliorer son image de marque”, mais aussi de “s’abstenir de tout acte d’improbité et immoral susceptible de compromettre l’honneur et la dignité de ses fonctions, notamment l’ivrognerie, le vagabondage
sexuel, l’escroquerie, le vol, le mensonge, la corruption, la concussion”.
S’il est vrai que le fait d’être responsable du secteur éducatif peut choquer certains, il reste que la vice-ministre ne peut être accusée ni d’immoralité, ni de vagabondage sexuel, et que par conséquent, elle ne viole en rien le Code de conduite de l’agent public de l’Etat, ni aucune autre loi congolaise. Il s’agit d’une personne adulte qui a fait un choix de vie qui ne concerne qu’elle. “La maternité est un acte naturel et noble”, répond un étudiant dans une discussion dans un groupe Whatsapp.
Bref, Mlle Aminata Namasia Bazego a droit à sa vie privée, tant qu’elle ne viole en rien les lois de la République. Ensuite, il faut bien se départir de cette mentalité qui conditionne forcément la réussite de la vie des filles africaines au mariage. Le mariage n’est pas une obligation, on peut bien réussir sa vie, atteindre ses objectifs sans un anneau à l’annulaire. En plus, Aminata n’est du reste pas la première, et donc pas la seule, à travers le monde. Petit florilège sur des cas semblables dans d’autres pays. Certains rétorqueront qu’il n’y a aucune africaine sur la liste. Soit. Aminata sera la première !
- Frédérique Bredin, ministre des Sports de France, 1992
C’est la pionnière du genre. En 1988, Frédérique Bredin a été aussi, comme Aminata Namasia Bazego, la benjamine de l’Assemblée nationale française, mais elle, à 32 ans. Nommée ministre de la Jeunesse et des Sports dans les gouvernements Cresson puis Bérégovoy, elle est la première femme célibataire connue qui tombe enceinte et accouche pendant son mandat de ministre.

- Ségolène Royal, ministre de l’Environnement de France, 1992
Ministre de l’Environnement du gouvernement Bérégovoy sous la présidence de François Mitterrand, Ségolène Royal est tombée enceinte en 1992 de son quatrième et dernier enfant, et ne se gène pas du tout de montrer son petit ventre arrondi à l’issue des conseils des ministres. Jamais mariée, elle vivait à l’époque avec son compagnon et père de tous ses enfants, François Hollande. Le lendemain de son accouchement, elle invite les caméras de TF1 et de France 2 pour la filmer avec son enfant dans sa chambre de la maternité. «C’est peut-être une erreur d’avoir fait ça, a-t-elle confié. C’était mon premier poste ministériel et je ne me suis peut-être pas rendu compte de l’impact des images. Je voulais assumer – c’est peut-être un peu naïf à l’époque – le fait qu’on pouvait à la fois travailler et avoir un enfant», déclare-telle aujourd’hui.

- Rachida Dati, ministre de la Justice de France, 2008
Fille d’immigrés algériens et marocains, née et ayant grandi dans des conditions difficiles dans une banlieue de Paris, Rachida Dati réussit à devenir magistrat, puis ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy. La Cendrillon des banlieues sera même la star du gouvernement François Fillon. En 2008, elle tombe enceinte, et accouche d’une fille, dont elle gardera le nom du père secret. Elle reprend le travail cinq jours seulement après une césarienne, provoquant un hurlement d’indignation de la part des féministes françaises qui dirent que c’est un mauvais exemple qui pourrait être utilisé pour saper les droits de maternité durement acquis et généreux. Ce ne fut pas facile pour cette jeune femme musulmane, car les critiques furent nombreuses. Les soutiens aussi. Ce n’est que quatre ans plus tard que Rachida Dati révélera le nom du père de sa fille Zhora : l’homme d’affaires Dominique Desseigne, qui refusera de reconnaître la paternité, et refusera aussi de se soumettre à un test ADN, avant d’être reconnu comme père par deux décisions de justice, en 2014 et 2016.

- Jacinda Ardern, Première ministre de Nouvelle Zélande, 2018
Première ministre de Nouvelle Zélande, Jacinda Ardern était, en 2018, la plus jeune femme dirigeante du monde. Elle deviendra la deuxième femme de l’histoire à accoucher alors qu’elle est élue chef d’État, après la pakistanaise Benazir Butho en 1993. La différence entre les deux : Mme Butho était mariée, alors que la cheffe du gouvernement néo-zélandais est célibataire. Le père du bébé ? Clarke Gayford, son partenaire depuis quatre ans. Gayford, animateur d’une émission de pêche populaire appelée Fish of the Day, prévoit alors d’être un père au foyer. Jacinda Ardern prit un congé maternité de six mois, laissant la gestion du gouvernement à son vice-Premier ministre.
Le 24 septembre 2018, elle assiste à l’Assemblée générale annuelle de l’Organisation des nations Unies, avec sa petite fille de trois mois, Neve. Elle est la première femme dirigeante à amener son bébé dans l’hémicycle, ce qui suscite l’attention des médias internationaux. Selon le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujaric, «C’est tout à fait une bonne chose et nous étions ravis d’avoir Neve dans l’hémicycle de l’Assemblée Générale. Avec seulement 5 % de femmes dirigeantes dans ce monde, nous devons tout faire pour qu’elles se sentent accueillies le mieux possible».

Aristote KAJIBWAMI







