Selon les dernières perspectives économiques mondiales publiées par la Banque mondiale contenues dans un rapport publié mardi 6 juin, la croissance a nettement ralenti et le risque de tensions financières dans les économies de marché émergentes et en développement s’intensifie dans un contexte de taux d’intérêt élevés. «La croissance mondiale devrait marquer le pas en 2023, pour tomber à 2,1%, contre 3,1% en 2022», lit-on dans ce rapport. Selon ce document, en dehors de la Chine, les économies émergentes et en développement devraient voir leur croissance ralentir à 2,9 % cette année, contre 4,1 % l’année dernière. Ces anticipations font état d’une révision à la baisse généralisée. Dans un monde gagné par une tendance à la dépression économique, en dehors de l’Asie du Sud (avec un taux de croissance attendu de 5,9% en 2023), et de l’Asie de l’Est et Pacifique (5,5%), et où l’Afrique subsaharienne voit sa perspective de croissance baisser à 3,2% contre 3,7% en 2022, le Congo-Kinshasa tient le bon bout, et s’impose comme le champion d’Afrique de la croissance.
Cependant, le nouveau président du groupe de la Banque mondiale refuse de céder à la fatalité. «Le moyen le plus sûr de faire reculer la pauvreté et de favoriser la prospérité est l’emploi, et le ralentissement de la croissance rend la création d’emplois beaucoup plus difficile. Il est important de garder à l’esprit que les prévisions de croissance ne sont pas une fatalité. Nous avons la possibilité d’inverser la tendance, à condition d’y œuvrer tous ensemble», a ainsi déclaré Ajay Banga.
Taux de croissance dans le différentes régions du monde

Source : Banque mondiale
Selon le rapport, la plupart des économies émergentes et en développement n’ont, pour le moment, été que peu affectées par les turbulences bancaires récentes dans les économies avancées. Cependant, «elles évoluent désormais dans des eaux dangereuses», prévient la Banque mondiale. «Avec le durcissement croissant des conditions de crédit au niveau mondial, 25 % d’entre elles ne peuvent plus accéder aux marchés obligataires internationaux. La situation est particulièrement critique pour celles qui présentent des vulnérabilités sous-jacentes telles qu’une faible solvabilité. Les projections de croissance pour 2023 sont inférieures de moitié à celles d’il y a un an, ce qui rend ces économies très vulnérables à de nouveaux chocs», indique le rapport.
Position précaire
Premier vice-président du groupe de la Banque mondiale, l’économiste indien Indermmit Gill pense carrément que l’économie mondiale est dans une position précaire. «En dehors de l’Asie de l’Est et de l’Asie du Sud, elle est loin du dynamisme nécessaire pour éliminer la pauvreté, lutter contre le changement climatique et reconstituer le capital humain. En 2023, le commerce progressera à moins d’un tiers du rythme observé dans les années précédant la pandémie. Dans les marchés émergents et en développement, la pression de la dette s’accroît sous l’effet de la hausse des taux d’intérêt. La faiblesse des finances publiques a déjà fait basculer de nombreux pays à faible revenu dans une situation de surendettement. Dans le même temps, les financements nécessaires pour atteindre les objectifs de développement durable dépassent largement les projections les plus optimistes en matière d’investissement privé», affirme-t-il dans la synthèse du rapport de la BM.
Il y a de quoi : les économies avancées avancent dangereusement vers la dépression, avec une croissance qui devrait chuter de 2,6 % en 2022 à 0,7 % cette année, et rester faible en 2024. Les Etats Unis, première puissance économique mondiale, font à peine mieux : après une croissance de 1,1 % en 2023, l’économie américaine devrait ralentir à 0,8 % en 2024, principalement sous l’effet de l’impact persistant de la forte hausse des taux d’intérêt enregistrée ces dix-huit derniers mois. La situation sera pire encore dans la zone euro, où la croissance devrait tomber de 3,5 % en 2022 à 0,4 % en 2023, en raison de l’effet différé du durcissement de la politique monétaire et de l’augmentation des prix de l’énergie.
Concernant l’Afrique subsaharienne, le rapport de la Banque mondiale indique que, au regard de la tendance actuelle, la croissance a continué à ralentir au début de l’année en raison de divers problèmes propres à chaque pays et de l’aggravation des perturbations économiques extérieures. «Les reprises après les chocs économiques et climatiques antérieurs, déjà fragiles et incomplètes dans de nombreux pays, ont été freinées par la persistance d’une inflation élevée, un nouveau resserrement des conditions financières mondiales, un durcissement des politiques intérieures et une flambée de violence et de troubles sociaux dans certains pays», affirme le rapport.
Croissance tirée par le secteur minier
De même, l’inflation galopante a aggravé les difficultés économiques des pauvres et a fortement accru l’insécurité alimentaire. Ainsi, l’Afrique subsaharienne a entamé cette année avec 35 millions de personnes supplémentaires en situation d’insécurité alimentaire aiguë par rapport au début de l’année 2022. Et comme perspectives, la Banque mondiale projette que la croissance de l’Afrique subsaharienne devrait encore reculer à 3,2 % en 2023 avant de remonter à 3,9 % en 2024.
Taux de croissance des pays africains en 2020, 2021, et 2022 et prévisions pour 2023, 2024 et 2024

Source : Banque mondiale
Dans ce climat morose, la RDC recule aussi certes de peu – les précédentes projections de la Banque africaine de développement et de la Banque mondiale, avaient fixé à 8% le taux de croissance projeté pour 2023 – mais elle se maintient, et s’impose même comme la championne du continent de la croissance, avec un taux attendu de 7,7% pour 2023. Le pays de Félix Tshisekedi devance le Niger (6,9%), le Rwanda et la Côte d’ivoire (ex-aequo avec 6,2% chacun), et l’Ethiopie et le Benin (ex-aequo avec 6%).
Cependant, il importe de souligner que la croissance congolaise est essentiellement tirée par les investissements dans le secteur minier – la croissance hors mines ayant, à titre d’exemple, baissé de 3,9% à 3,2% en 2022 sur un taux de croissance global de 8,6%. Elle n’a généralement pas d’impact sur les conditions de vie de la population.
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