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En Afrique du Sud, la RDC est moquée par l’opposition comme un modèle de corruption

Le Dr Dion Georges donnant une interview devant le Parlement sud-africain à Cape Town. l Photo : Finance-cd.com, capture d’écran d’une vidéo de la DA.

Les syndicats du crime organisé saignent l’économie nationale sud-africaine de 155 milliards de rands par an (un peu plus de 8 milliards de dollars américains) – et ce chiffre est «considérablement sous-estimé». C’est ce qu’a déclaré le ministre du cabinet fantôme – gouvernement de l’opposition –  en charge des Finances, et membre de l’Alliance démocratique (DA), le Dr Dion George. Il appelle le gouvernement à faire du crime organisé une priorité – et à cesser de gaspiller des ressources pour « renflouer sans fin des entités pratiquement en faillite». Et de citer les pays auxquels l’Afrique du Sud finit par ressembler en matière de corruption : le Myanmar (anciennement Birmanie), la Colombie, le Mexique, la RDC et le Nigeria. «Ce sont des pays qui nous ressemblent en termes de niveaux de corruption. Et ce n’est pas ce que nous souhaitons pour l’Afrique du Sud», a-t-il renchérit.  

Se confiant à nos confrères de BizNews, le journal des affaires et de la finance sud-africain, le Dr Dion George dit s’être référé les données d’organisations de réflexion et les déclarations publiques de responsables gouvernementaux pour faire une estimation prudente des dégâts. Son intervention faisait suite à la publication de l’Indice mondial du crime organisé (GOCI) 2023, qui montre que l’Afrique du Sud se classe désormais au 7ème rang mondial sur 193 pays et au 3ème rang en Afrique pour les réseaux criminels de type mafieux et les syndicats du crime organisé.

Donnant une idée de ce que certains syndicats pourraient retirer de l’économie, le Dr George déclare, citant des chiffres en Rand, la monnaie sud-africaine : «Eh bien, nous avons estimé que la mafia de la construction s’élève à 17 milliards, le vandalisme des infrastructures et les incendies criminels à 47 milliards, les réseaux du crime organisé d’ESKOM à 12 milliards. Les enlèvements et les extorsions, ça fait moins d’un milliard, ça fait 146 millions. Mafia des taxis, nous n’avons pas encore de chiffre, mais nous y travaillons. L’économie illicite, en particulier celle de la drogue et des armes à feu, 13,6 milliards, les syndicats de la faune sauvage 1,2 milliard, les réseaux miniers illégaux, c’est-à-dire les Zama Zamas, cela représente environ 14 milliards, et puis la corruption tendre que nous avons estimée à 30 milliards, et puis le tabac et la cigarette. La mafia à 20 milliards, et le total est de 155 milliards».

Du pain sur la planche

Il appelle le gouvernement à faire du crime organisé une priorité, afin que, selon lui, l’Afrique du Sud cesse de ressembler à des pays comme la RDC, l’ex-Birmanie ou le Nigéria en matière de corruption. «Mettez des ressources dessus au lieu de les gaspiller dans des sauvetages sans fin d’entités pratiquement en faillite et faites quelque chose de positif qui commencera à inverser la tendance, car c’est possible. Parce qu’il ne faut pas être dans la ligue des pays comme le Myanmar et la Colombie, le Mexique est là, le Nigeria, la RDC. Ce sont des pays qui nous ressemblent en termes de niveaux de corruption. Et ce n’est pas ce que nous souhaitons pour l’Afrique du Sud. Certainement pas pour un pays qui est en réalité un pays très riche. Et nous sommes à genoux uniquement parce que notre gouvernement a choisi la mauvaise politique économique», a déclaré M. Georges.

La RDC a du pain sur la planche pour se donner une bonne image en matière de transparence et de lutte contre la corruption. A fin 2018, dernière année du pouvoir de Joseph Kabila, le pays était 161ème sur 180 pays selon l’indice de perception de la corruption de Tranparency International. Quatre ans plus tard, il est 166ème sur 180 pays, soit un recul de 5 points. 

Selon Transparency international, la corruption n’est pas le seul des maux accablant l’Afrique : le continent est aussi l’un des moins pacifiques du globe selon l’indice mondial de la paix. «Et ceci n’a rien de surprenant car corruption et conflit font bon ménage et forment un cercle vicieux, de sorte que les pays en situation de conflit sont gagnés par la corruption, et la corruption à son tour est moteur de conflit», indique le rapport 2022 de l’ONG internationale basée à Londres, qui rappelle que la Républoque centrafricaine (24), le Soudan (22), la RDC (20), le Soudan du Sud (13) et la Somalie (12) sont rangés parmi les dix pays les moins pacifiques de la planète et figurent aussi dans la liste des 30 pays les plus corrompus du monde selon l’indice de perception de la corruption.

Rica MITSH