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Ça brûle entre Augustin Kabuya, Jacquemain Shabani, Jean Claude Tshilumbayi : à l’UDPS, les linges sales se lavent copieusement en public

Au cours de sa vespérale politique de ce samedi 5 juillet 2025, Augustin Kabuya Tshilumba, a lâché une bombe dans la maison UDPS. Intervenant devant les militants sur la question d’instabilité politique au Kasaï central, le SG de l’UDPS a promis des bosses et des plaies à ses adversaires internes. «Je leur ai dit que le gouverneur qui est là, c’est notre frère, c’est son destin, laissez-le diriger la province. Mais eux ne veulent pas, ils aiment forcer les choses. Ils créent des désordres parce qu’ils ont leurs propres candidats qu’ils veulent placer», a-t-il déclaré.

Avec, en ligne de mire : Isaac Jean Claude Tshilumbayi Musawu, élu UDPS de Luiza au Kasaï central et premier vice-président de l’Assemblée nationale. «Ce sont des choses honteuses. Ce soir, je dirai ceci au camarade Jean-Claude Tshilumbayi : quand il était question d’intérêts politiques à l’Assemblée nationale au sein de la mosaïque 2ATDC, pour ce qui concerne la Commission ECOFIN, tu avais plaidé pour ton parti politique 2ATDC, ainsi donc arrêtes de te mêler des problèmes de l’UDPS», a ajouté Kabuya, avec fougue et détermination.

Au passage, c’est Jacquemain Shabani Lukoo qui en prend pour son grade : «Je sais très bien que tu entretiens de très bonnes relations avec le VPM de l’intérieur, Jacquemin Shabani, c’est votre ami de l’université, mais laisse l’UDPS tranquille.  Nous n’avions pas péché en te laissant le siège de l’UDPS ‘NDR : comme premier vice-président de l’Assemblée nationale), aussi longtemps que tu as ton propre parti politique. Sors ta tête des problèmes de l’UDPS Kananga. Je le dis devant les caméras, je n’ai pas voulu vous écrire, ni vous appeler. Ce que vous faites ne vous honore pas».

Un combat d’éléphants

Et de conclure : «Si vous estimez que j’étais idiot en vous désignant pour occuper le poste de premier vice-président de l’Assemblée nationale au nom de l’UDPS, je ne regrette pas d’avoir posé cet acte que j’avais posé en âme et conscience. Laisses l’UDPS tranquille car l’UDPS a son dirigeant. Prenez ce que je vous dis au sérieux puisque nous n’allons pas encore vous laisser faire le désordre au nom et au sein de l’UDPS».

On l’a bien compris : la royale colère d’Augustin Kabuya, qui ne dédaigne pas les barouds, fait suite à la situation politique qui prévaut au Kasaï central. Mais bien malin qui comprendrait aisément la trame du nœud gordien qu’il faut démêler sur la terre de l’ex-Luluabourg, ni comment les propos du SG/UDPS s’inscrivent dans le contexte politique centre-kasaïen.

En réalité, le Kasaï central fait les frais d’un combat d’éléphants originaires de la province.

Tout commence lorsqu’il fallait élire un nouveau gouverneur de province en remplacement de Martin Kabuya. C’est un fils de la province, Barnabé Muakadi Muamba, DG recordman en recettes de la DGI, qui impose un de ses cousins comme candidat de la coalition majoritaire Union sacrée : John Kabeya Shikayi. Ce dernier est ainsi élu début mai 2022 et prend les clés du ‘‘Palais des roseaux’’ – Nzubu wa Mitete en Tshiluba – , la résidence officielle des gouverneurs du Kasaï central.

L’UDPS est piquée au vif

Sauf que, pour des raisons inconnues, plus rien ne vas entre les deux cousins : devenu autonome, John Kabeya a vite fait de se trouver d’autres protecteurs, dont Augustin Kabuya. A l’issue des élections générales de décembre 2023, c’est ce dernier qui impose John Kabeya comme candidat à sa propre succession en qualité de gouverneur du Kasaï central. Mais Barnabé Muakadi s’est acheté un parti, la Convention démocratique du peuple, CODEP, créée dans les années Transition par feu le patriarche Cléophas Kamitatu, dont la présidence est confiée à Simon Mulamba Mputu. La CODEP est incluse dans le regroupement A3A dont M. Muakadi est l’‘‘autorité morale’’.

Et Muakadi ne veut pas entendre parler de son cousin Kabeya comme gouverneur de la province. Il déniche alors un fonctionnaire des Affaires sociales sans charisme ni entrain, Joseph Kambulu Nkonko, pour le remplacer. Et y met les moyens. Et Kambulu surfe sur le rejet massif dont Kabeya est l’objet aussi bien dans la population qu’au sein de la nouvelle Assemblée provinciale. Les menaces d’Augustin n’y font rien : par 19 voix contre 15, Kambulu bat Kabeya et prend le fauteuil de gouverneur de province.

Piquée au vif, l’UDPS locale refuse d’entrer au gouvernement provincial. Elle avait déjà été battue à tous les postes du bureau de l’Assemblée de la province. Cependant, depuis Kinshasa, quelques éléphants réussirent à caser certains cadres UDPS dans l’exécutif provincial : Le professeur Mbata a ainsi brillamment placé sa belle-sœur, Mme Banakayi — ex-présidente du bureau provisoire de l’Assemblée provinciale, célèbre pour son français acrobatique et scabreux bourré de fautes — au prestigieux poste de ministre provinciale du Genre. Une nomination qui, à défaut de relever le niveau, relève au moins les sourcils. De son côté, Isaac Jean Claude Tshilumba recommandait Antoine Ntambue Ntambue au ministère des Mines et Energie, alors que le gouverneur lui-même débauchait Jacques Tshibola qu’il nomme aux Finances, Economie et Commerce.

Forte en chienlit et coups de force

Tout semble bien marcher jusqu’à ce que, courant juin, l’UDPS/Kananga se rappelle qu’elle n’a aucun membre au bureau de l’Assemblée. Sur ce, elle décide de revendiquer le poste de président du bureau de l’Assemblée provinciale. Et pour y arriver, il faut renverser le bureau actuel. D’où une pétition est vite signée. Sauf qu’ici, l’UDPS n’a que 6 députés. Et, avec sa ‘‘mosaïque’’, elle n’atteint que 16 députés sur les 34 qui composent le parlement provincial. Mais l’UDPS est forte en chienlit et coups de force : en l’absence des membres du bureau de l’Assemblée convoquée à Kinshasa pour consultation, elle installe un bureau d’âge dirigée par un député moins âgé que les deux doyens de la chambre. Sans quorum de siège, elle vote la déchéance de tous le bureau. Au diable si une des motions, concernant le rapporteur adjoint, est datée de mai et n’a jamais fait l’objet du moindre traitement en plénière.

Ayant convoqué les deux parties à Kinshasa, le VPM Jacquemain Shabani Lukoo ne sait plus ni sur quel pied danser, ni quel ballon shooter. Et le fait que Tshilumbayi a participé à une réunion sur la question au ministère de l’Intérieur a suscité l’ire d’Augustin Kabuya qui a décidé de régler ses comptes. En effet, MM. Shabani et Tshilumbayi soutiennent Déo Bizibu en qualité de SG de l’UDPS. Ils tiennent à faire de lui khalife à la place du khalife. D’où la colère du khalife en poste, qui accuse ses adversaires de vouloir déstabiliser le Kasaï central, voire de vouloir renverser le gouverneur Kambulu, alors que le coup de sang que l’on enregistre dans la province est plutôt l’œuvre des affidés de son propre camp. Finalement, il y a du Kafka au Kasaï !

MULOPWE Wa Ku DEMBA