POLITIQUE ‘‘Affaire twitts des journalistes’’ : Joël Kitenge étale sa médiocrité face à la...

‘‘Affaire twitts des journalistes’’ : Joël Kitenge étale sa médiocrité face à la presse

Un twitt prétendument écrit à 14h34, mais qui relate un évènement qui s’est déroulé à 16h ! Une machine à remonter le temps? (Photo : capture d’écran)

Le landerneau politique congolais regorge d’opérateurs de toutes sortes. Aux élites qui brillent par leur perspicacité intellectuelle, il faut ajouter également des farfelus dont le seul objectif est de se faire voir dans l’objectif bien compris d’attirer l’attention des détenteurs du pouvoir. Qu’ils pensent servir parfois de manière contreproductive. S’il est difficilement imaginable que Félix Tshisekedi puisse ordonner l’assassinat d’un opposant – ce n’est vraiment pas du tout dans son ADN politique – il faut cependant déplorer ces tentatives maladroites de certains ténors de son camp pour le dédouaner aux coups de boutoir de l’opposition qui accuse le pouvoir d’être derrière ce crime.

C’est le cas de cette affaire dite de ‘‘twitts des journalistes’’. En clair, un groupe de journalistes, Peter Tiani, Elysée Odia, Steve wembi et Patrick Lokala, sont accusés d’avoir publié sur leurs comptes Twitter respectifs la nouvelle de l’enlèvement de Chérubin Okende Senga juste après 14 heures, c’est-à-dire longtemps avant l’heure de sa disparition. L’objectif de cette stratégie est de soutenir que ces journalistes présentés, du moins pour certains d’entre eux, comme proches de Moïse Katumbi, auraient été utilisés par le parti Ensemble qui aurait ainsi éliminé son propre sociétaire !

Malgré le burlesque d’une pareille thèse, il se trouve des gens sérieux, ou réputés tels, pour la soutenir pince sans rire. Il y a eu ainsi Dieunit Kanyinda, ci-devant membre du conseil d’administration de la RTNC, donc un officiel, qui a déclaré au cours d’une émission de débat entre journalistes sur Télé 50 : «J’ai des captures d’écran, et je peux vous les envoyer, j’ai vu des twitts (…), oui, effectivement des confrères ont alerté, d’abord Peter Tiani, à 14h19. Il a alerté. On a vu un twitt d’Elysée Odia à 14h34, un twitt de Wembi à 14h39. A moins que ces confrères disent que leurs comptes ont tous été piratés».

Machine à remonter le temps

Mais lorsque Peter Tiani l’a appelé, Dieunit Kanyinda s’est perdu dans des dénégations, demandant à son interlocuteur, qui enregistrait la conversation avant de la balancer dans les réseaux sociaux, qu’l n’avait rien dit de tel et qu’il était ‘‘juste dans les hypothèses’’. L’affaire a fait rire à gorge déployée dans les milieux journalistiques, et au-delà.  

Bis repetita, c’est au tour d’un certain Joël Kitenge, qui se présente comme communicateur de l’UDPS, de se jeter dans la mare. Dans une émission face à trois confrères, il s’est acharné à soutenir la même rhétorique. A la différence, lui il s’est amené avec ces fameuses captures d’écran que le réalisateur a projeté à l’écran du studio, et ses heures sont un peu différentes.

De ces twitts ainsi projetés en grand sur l’écran, deux choses font tiquer. D’abord : le twitt attribué à Elysée Odia, censé avoir été publié à 14h35, commence par cette phrase : «Chérubin Okende aurait été enlevé ce soir par des personnes non autrement identifiées». Question, la journaliste, professionnelle et maîtrisant parfaitement le Français, pouvait-elle parler de ‘‘soir’’ pour un évènement survenu avant l’heure de rédaction de son twitt, c’est-à-dire 14h35 ?

Ensuite, et c’est le plus cocasse : on peut lire dans le twitt attribué à Steve Wembi : «plusieurs sources signalent l’enlèvement ce mercredi vers 16h par des personnes lourdement armées de Okende Chérubin, porte-parole du parti politique de Moïse Katumbi devant la Cour constitutionnelle». Gros problème : ce twitt est prétendument écrit à 14h34, autrement dit il décrit un évènement qui ne s’était pas encore produit au moment de sa rédaction, à 16h ! Steve Wembi a-t-il une machine à remonter le temps ? Le faux est aussi visible que le nez au milieu du visage et aussi évident que Noël à décembre.

Comment un homme qui se présente comme avocat a-t-il pu se fourvoyer à ce point ? Quel genre d’avocat peut à ce point être négligent dans l’étude des pièces du dossier qu’il veut défendre ? «S’amener sur un plateau-télé, et y étaler un tel degré de médiocrité, c’est nuire à la réputation du parti et du pouvoir que l’on croit défendre», s’offusque un observateur. En démocratie, les partis se choisissent des esprits brillants comme communicateurs. Les autres, ils restent dans les rangs, ou s’occupent d’autres domaines de la vie. La communication est un couteau à double tranchant. Surtout lorsqu’elle est assumée par des gens qui n’en ont pas les codes.   

Mbuta MAKIESSE